Cf. Bi.eek-Mangold, Einlcitung 324. Sciianz
INTRODUCTION
plus ou moins à la théorie, c'est la théorie que Ton adapte à l'idée du Christ pour rendre celle-ci plus intelligible à la pensée grecque. L'idée primitive est par là plus ou moins modifiée, il est bien inutile de le contester, mais elle n'est pas altérée ; les éléments qu'elle prend à l'hellénisme alexandrin sont transfigurés dans le temps même qu'elle se les incorpore, et, s'ils servent à l'illustrer devant les Grecs, ils ne lui font rien perdre de sa signification ni de son efficacité religieuses. Dans ces conditions, la méthode allégorique, si arbitraire en elle-même et partout ailleurs si féconde en conceptions chimériques, n'a pas les inconvénients qu'elle présente lorsqu'on s'en sert comme d'un moyen d'investigation exégétique ; elle est entièrement soumise à l'idée, et au lieu d'être un procédé d'interprétation très défectueux, elle n'est plus qu'un procédé logique et littéraire en rapport avec l'esprit du temps, aussi bien dans le monde juif que dans le monde hellénique.
Grâce à la prédominance du point de vue dogmatique, l'Évangile johannique est une œuvre parfaitement une, dont toutes les parties se correspondent et se complètent, sans que rien trahisse la compilation ou même la combinaison d'enseignements divers. 11 n'y a, comme on le constatera plus loin, d'exception à faire que pour la section de la femme adultère au chapitre vni, et pour le chapitre xxi. Tout le reste constitue un ensemble parfaitement un et homogène. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, la différence avec les Synoptiques est tout à fait remarquable ; elle résulte évidemment de ce que les Synoptiques sont des œuvres presque impersonnelles, des recueils de souvenirs traditionnels, tandis que le quatrième Evangile est une œuvre personnelle entre toutes et qui porte d'un bout à l'autre la marque du puissant génie qui l'a conçue. La critique n'a rien à attendre des hypothèses qui découpent le livre en deux séries de pièces, les unes apostoliques et les autres ajoutées après coup, non plus que de celles qui voudraient démêler dans les récits certains éléments purement historiques, dans les discours certains éléments purement évangéliques, et d'autres qui représenteraient les idées propres à l'auteur ; tous les matériaux que l'auteur a utilisés ont passé par le creuset de sa puissante intelligence et de son âme mystique ; ils en sont sortis métamorphosés, intimement pénétrés et soudés entre eux par l'idée du Christ éternel, source divine de lumière et de vie.
Le quatrième Evangile n'est donc pas à interpréter comme la simple expression de souvenirs traditionnels, comme le témoignage authentique et exact d'un enseignement que le Christ aurait donné au cours de son ministère ; tout le travail de la pensée chrétienne depuis la résurrection du Sauveur y a son écho \ et celui qui l'a résumé dans une