B. Weiss
qui ne relève que de lui-même. Le Christ johannique réserve son entière indépendance à l'égard du messianisme juif, à l'égard de toute influence nationale et humaine, en termes dont l'ambiguïté résulte uniquement de ce que l'antithèse idéale du messianisme juif et du Verbe incarné prend la forme d'une histoire racontée. La conception de l'évangéliste a pris cette apparence historique, parce qu'elle se rattache par un côté aux données historiques de la Synopse. qu'elle en a été conçue d'abord et qu'elle en est présentée maintenant comme l'explication nécessaire et théologiquement autorisée. Il n'importe pas à l'auteur que cette explication soit conforme ou non à la réalité des faits. Ce n'est pas l'histoire de Jésus qui l'intéresse, mais le sens providentiel de cette histoire.
Autres sont les rapports du Christ, autres sont les rapports de ses frères avec le monde. Le Christ ne peut pas traiter comme eux avec le monde, il ne peut pas « aller à la fête » avec eux, s'associer à une démarche comme celle qu'ils ont en vue^ la faire avec eux telle qu'ils la désirent ; il fera son œuvre en son temps, et comme il doit la faire ; il ne l'accomplira que plus tard, et s'il doit commencer bientôt à en préparer l'accomplissement, il doit commencer sans eux et autrement qu'ils ne pensent. Eux peuvent traiter en tout temps avec le monde dont ils partagent les idées, les ignorances, les préjugés, les espérances matérielles : « le monde ne peut pas haïr » ceux qui lui ressemblent ; mais il hait Jésus parce que l'esprit de Jésus n'est pas l'esprit du monde, parce que Jésus « rend témoignage contre lui », en dénonçant l'iniquité de ses œuvres. Cette hostilité du monde à l'égard du Verbe incarné s'est manifestée déjà, elle ne cessera jamais. Le Verbe incarné doit régler sa manière d'être envers le monde d'après cette opposition essentielle de ce qu'il veut, de ce qu'il fait, et de ce que veut, de ce que fait le monde. Que les (( frères » conversent avec le monde selon qu'il leur plaît; qu'ils aillent à la fête : Jésus ne va pas à la fête, parce que son temps n'est pas encore accompli ^, parce que son temps n'est pas le même que celui de ses frères, et que ce temps ne peut pas venir dans les conditions qu'ils imaginent.
C'est surtout la déclaration absolue : « Je ne vais pas à cette fête », qui a embarrassé de tous temps les lecteurs de l'Evangile. On a voulu lire : « Je ne vais pas encore - », ou « je ne vais