HOLTZMANN
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Jésus déclare que sa doctrine apparaîtra divine à toute âme loyale, à toute âme qui est de Dieu et qui veut en principe ce que Dieu veut. Il n'est question spécialement ni de la Loi mosaïque, ni de la morale naturelle, ni du précepte de la foi, ni des commandements évangéliques. L'accord ne peut manquer de se produire entre les aspirations d'une conscience droite et la doctrine salutaire qui lui est proposée, dès que les unes ont été, en quelque manière, contrôlées par l'autre, et réciproquement. Une telle manière de parler ne laisse-t-elle pas voir que l'Evang-ile est depuis longtemps vivant dans l'Eg-lise chrétienne?
A cet argument péremptoire, mais tout intime, et qui, par sa nature même, ne permet pas de terminer logiquement une discussion^ un autre vient s'ajouter qui n'a pas la même valeur absolue ^, au moins quant à la forme, mais qui est d'une application immédiate, parce qu'il semble tiré de l'expérience commune. (( Celui qui parle de lui-même », qui a une doctrine propre, qui pense avoir fait de grandes découvertes, « cherche sa propre gloire », travaille pour lui-même, entend avoir le bénéfice de ce qu'il a trouvé, n'en retirerait-il d'autre avantage que celui de la célébrité; et l'intérêt qu'il a pour lui-même peut faire suspecter sa sincérité. Si donc quelqu'un se présente avec un absolu désintéressement à l'égard de ce qu'il enseigne, soucieux seulement de l'honneur de celui au nom duquel il parle, on n'a aucune raison de tenir son témoignage en défiance, et il n'y a rien en lui de répréhensible. L'argument n'est pas concluant dans la forme, parce que la seconde proposition générale n'est telle qu'en apparence, et se rapporte réellement à Jésus seul; pour le fond, la preuve n'est vraie que relativement à lui, et en tenant compte de tout ce que l'évangéliste y a sousentendu. Un messager consciencieux et désintéressé mérite des éloges; mais on n'est pas obligé pour autant d'accepter son message, à moins que l'autorité de celui qui l'envoie ne soit indiscutable, et que sa mission ne soit certaine. Dans le cas présent, il faut présupposer que le mandant est Dieu, et que le mandat de Jésus ressort de son action, laquelle étant dirigée tout entière à la gloire du Père, garantit à la fois l'irréprochabilité du mandataire et l'intégrité du message. Si l'on va jusqu'au bout de la pensée que l'auteur n'a fait
1. « Morale, non necessarium argumentum est. » Maldonat, II, C64.
A LA FÊTE DES TABERNACLES. LES JUIFS
qu'indiquer, la preuve est complète, mais elle n'est intelligible que pour le chrétien.
Jésus est irréprochable dans Taccomplissement de sa mission : on n'en peut dire autant de ses adversaires. En le persécutant, ils violent leur propre Loi, qu'ils font profession de respecter et de garantir contre toutes les atteintes. Les commentateurs ne s'entendent pas sur la portée précise de l'assertion : « Aucun de vous n'accomplit la Loi. » Il ne peut être question d'un abandon universel et total de la Loi, car l'accusation serait exagérée au point de tomber toute seule, les auditeurs ne pouvant être censés ni tous ni complètement brouillés avec la Loi de Moïse. Au moins pour le sens direct et littéral, l'accusation doit concerner, sous sa forme générale et paradoxale, un objet particulier. Si l'on tient compte uniquement de la parole qui suit : « Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir », on sera tenté de penser que Jésus reproche aux Juifs d'avoir résolu sa perte sans examiner s'il est vraiment coupable et digne de mort, ce qui est une injustice réprouvée par la Loi 1. Tel est à peu près l'argument que Nicodème fera valoir, à la fin du chapitre. Mais il faut le sous-entendre tout entier, car il n'est pas exprimé. N'est-il pas surprenant que Jésus n'ait pas expliqué, dans la suite de son discours, le grief particulier qui justifie cette accusation formulée en termes si solennels? Dans le contexte immédiat, Jésus indique une coutume Israélite qui devrait être considérée comme une violation du sabbat tout aussi bien que la guérison d'un malade ; cette infraction est d'autant plus grave qu'elle est passée en tradition et que tous les Juifs la commettent sans scrupule, quand l'occasion s'en présente : c'est la circoncision des enfants le jour du sabbat, lorsque le sabbat se trouve être le huitième jour après leur naissance. Si l'on admet que cette pratique est la violation spéciale de la Loi que Jésus a visée d'abord, sous forme d'inculpation générale -, l'unité de la discussion est mieux garantie ; on peut même dire que cette interprétation est la seule qui permette d'y trouver un enchaînement facile et régulier. Il faut avouer néanmoins que cet enchaînement n'est pas celui d'une conversation réelle, et que les paroles : « Aucun de vous n'accomplit la Loi; pourquoi cherchez-vous à me faire mourir »,