B. Weiss
sont plutôt les amorces d'un développement log-ique que les termes d'une accusation adressée h des interlocuteurs présents. Les phrases se heurtent parce que l'évang-éliste est pressé d'arriver à son but. Il s'efforce d'atténuer l'invraisemblance des paroles de Jésus par la réponse du peuple, où intervient un élément de tradition synoptique. L'impression qui se dégage de l'ensemble n'en est pas moins contraire à la réalité historique de l'entretien; et cette impression générale, Jean n'a aucun souci de la combattre. Aussi bien est-il probable que la proposition : « Aucun de vous n'accomplit la Loi », cache une arrière-pensée de l'auteur, qui reproche aux Juifs l'injustice de la haine dont ils poursuivent les chrétiens : ceux-ci ne font que négliger une loi dont les Juifs euxmêmes ne parviennent pas à procurer l'observation intégrale; et ils l'ont abandonnée poursuivre un enseignement qui venait du ciel, une loi d'amour qui abroge et supplante tous les règlements d'un cultp matériel. Le quatrième Evangile suppose acquise et même dépassée la doctrine de saint Paul sur l'abrogation de la Loi. Que l'observation pharisaïque de la Loi soit la destruction de la Loi ^ ce n'est pas précisément l'idée que I on veut faire valoir ici.
La foule des pèlerins ignore les intentions du sanhédrin et des pharisiens ; surprise de cette brusque sortie de Jésus contre des meurtriers qu'elle croit imaginaires, elle se demande si le prédicateur n'est pas victime d'une hallucination, d'une crainte chimérique et folle, s'il n'est pas possédé de quelque malin esprit. La transposition de la donnée synoptique est tout à fait curieuse. Dans les trois premiers Evangiles, où reviennent si fréquemment les guérisons de possédés, les ennemis du Christ, pour expliquer son empire sur les démons, l'accusent d'être lui-même possédé de Beelzéboul; et cette accusation est rapportée en même temps que la démarche des frères qui viennent chercher Jésus, parce qu'ils le croient hors de sens Le quatrième Evangile néglige entièrement les guérisons de démoniaques, soit qu'il les trouve peu dignes du Sauveur, soit parce que c'est le monde entier qu'il conçoit comme un grand possédé de Satan, à la puissance duquel Jésus ravit tous les enfants de Dieu. Mais, si l'œuvre du Christ grandit, l'accusation des Juifs devient plus mesquine et plus ridicule que dans les