Cf. VI, 65; XIII, 11 ; xvi
A LA FÊTE DES TABERNACLES. LES JUIFS
sion K Tout en imitant Tapolog-ie de Jésus dans les Synoptiques, Févang-éliste a voulu prendre un exemple nouveau, plus sig"nifîcatif pour lui que ceux de la Synopse-; il a choisi, pour" des raisons faciles à deviner, celui de la circoncision le jour du sabbat, parce que la circoncision est tout indiquée pour fig-urer le judaïsme légal en face du paralytique guéri, symbole de l'humanité régénérée par le Christ. Au point de vue réel et historique, l'argumentation manque de vraisemblance, parce que le précepte du sabbat et celui de la circoncision au huitième jour sont deux préceptes divins, antérieurs à Moïse, et sanctionnés dans la Loi. On ne pouvait avoir de scrupule à circoncire le huitième jour, quand ce jour était un sabbat. Les exemples des Synoptiques, pris dans la réalité, sont plus concluants, parce que ce sont des œuvres que la Loi n'a pas prévues. L'objection de Tévangéliste n'a donc pu être conçue que par un chrétien, et c'est pourquoi elle ne vient pas très naturellement dans la bouche du Christ. La façon de se représenter la circoncision comme la guérison ou la purification d'un seul membre, et de l'opposer à la guérison totale d'un homme, est aussi toute chrétienne : elle n'acquiert un sens complet que si l'on voit dans le circoncis le Juif avec sa marque de purification tout extérieure, et dans l'homme guéri le chrétien intérieurement sanctifié. Au sens littéral, d'apparence historique, Jésus fait remarquer aux Juifs que l'observance du sabbat n'est pas à garder, d'après la Loi même, avec la rigueur qu'ils prétendent. On circoncit un enfant le jour du sabbat, quand le huitième jour après sa naissance tombe un samedi, « pour ne pas violer la loi de Moïse », qui prescrit de circoncire le huitième jour : pourquoi y aurait-il du mal à guérir un homme tout entier le jour du sabbat ? Il est donc sous-entendu que la circoncision est une sorte de guérison, mais qui n'atteint qu'un membre de l'homme, tandis que la guérison du paralytique a été celle de son corps tout entier ; et de nouveau il faut supposer que la circoncision est permise le jour du sabbat, non pas tant parce qu'elle est prescrite par la Loi au huitième jour, fût-ce un sabbat, que parce qu'elle est une œuvre de bienfaisance, à laquelle peut être comparée la guérison
1. Ce n'est donc pas comme institution patriarcale que la circoncision peut être opposée au sabbat (opinion assez commune parmi les exégètes).
2. Cf. Marc, iri, 4; Matth. xii, 5, 11-12; Luc, vi, 9; xni, 15-16.
3. La traduction : « De façon (pourtant) qu'on ne viole pas la loi de Moïse » (en ce qui regarde le sabbat), affaiblit et obscurcit l'aroument.
d'un malade. N'y a-t-il pas là un amalg-ame un peu confus, mais très reconnaissable, du symbole nouveau de la circoncision, avec les deux idées contenues dans les Synoptiques : la loi du sabbat n'est pas au-dessus de toute exception résultant d'une nécessité physique, ou d'une autre obligation légale, comme est le service du culte ; la loi du sabbat est faite pour l'homme et l'on peut faire à l'homme tout le bien possible, le jour du sabbat, sans violer le sabbat ? L'idée de la circoncision y est assez rabaissée ; et pourtant l'auteur a voulu apprécier ce rite au point de vue judaïque. Il n'entend pas le présenter comme ayant par lui-même une vertu médicinale et salutaire, bien que limitée, pour tous les hommes. La circoncision est, par rapport à la guérison du paralytique, ce que la Loi est par rapport à l'Evangile, un commencement, une ébauche insuffisante. Si l'ébauche a eu sa raison d'être et son droit à l'existence, à plus forte raison la réalité a-t-elle le droit d'être et de prévaloir.
A L'époque où l'Evangile johannique fut écrit, l'argument que la Synopse tire du service du temple le jour du sabbat n'avait plus d'actualité. C'est peut-être ce qui induisit l'auteur à chercher un autre exemple. Le travail de sa pensée sur la tradition synoptique ne laisse pas d'être visible, parce qu'il n'a pas cherché à le dissimuler, et que ce travail est, pour ainsi dire, inachevé, les matériaux de la Synopse n'étant pas entièrement fondus dans le cadre auquel il a voulu les adapter. L'évangéliste n'a cure de ces imperfections. N'est- il pas vrai que Jésus a guéri non seulement (( un homme », mais l'homme <( tout entier » ? Et l'insinuation de cette grande vérité ne compense-t-elle pas surabondamment les menues incohérences de la pensée et jusqu'à l'invraisemblance du discours? « Ne jugez point selon l'apparence, dit le Sauveur aux Juifs, mais jugez selon la justice. » A la lettre, cela signifie que l'acte de Jésus n'a été qu'une violation apparente ^ non réelle de la Loi, et qu'il n'y a pas lieu, en bonne justice, de lui en faire un crime. Au fond, les Juifs sont invités à ne pas considérer le christianisme comme une insurrection contre la Loi de Moïse, mais comme l'accomplissement de la Loi parle salut de l'homme.
\. « Selon Tapparence » ne signifie pas, comme Vont cru certains Pères : « en faisant acception de personnes ».
A LA FÊTE DES TABERNACLES. LES JUIFS
VII, '25. Alors quelques (gens) de Jérusalem dirent : « N'est-ce pas lui qu'on veut faire mourir? 26. Et le voilà qui parle librement sans qu'on lui dise rien. Les magistrats auraient-ils vraiment reconnu que c'est le Christ? 27. Mais nous savons d'où il est ; et quand le Christ viendra, nul ne saura d'où il est. » 28. Alors Jésus cria, enseignant dans le temple et disant : « Vous méconnaissez et vous connaissez d'où je suis? Pourtant je ne suis pas venu de moi-même ; mais il est autorisé, celui qui m'a envoyé, que vous ne connaissez pas. 29. Moi, je le connais, parce que je procède de lui, et que c'est lui qui m'a envoyé. » 30. Et ils cherchaient à s'emparer de lui ; mais nul ne mitla main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue.
Jésus parlait devant la foule, et quelques habitants de Jérusalem, connaissant les projets du sanhédrin, s'étonnent que les chefs ne l'aient pas arrêté encore ou ne le fassent pas arrêter sur-le-champ. Ce n'est pas ce que Jésus vient de dire qui motive leur observation, mais la seule présence du Sauveur enseignant dans le temple ^. Une idée se présente à leur esprit, qui est écartée aussitôt comme invraisemblable. Les magistrats n'auraientils pas changé d'avis au sujet de Jésus? « Auraient-ils vraiment reconnu qu'il est le Christ? » L'objection suit de près la conjecture, pour la renverser : « Mais nous savons d'où il est », de Nazareth en Galilée ; « et quand le Christ viendra, nul ne saura d'où il est. » Ainsi les magistrats ne peuvent pas avoir reconnu Jésus pour le Christ ; il lui manque un des caractères essentiels du Messie attendu ; celui-ci doit apparaître sans que l'on sache d'où il sort. Cette réflexion, à laquelle Jésus va répondre comme si elle lui avait été adressée, n'a pas d'autre but que d'amener la déclaration du Sauveur sur son origine et sa mission célestes. Les commentateurs admettent volontiers que l'ignorance où l'on doit être à l'égard du Messie promis ne concerne pas son lieu de naissance, qui est Bethléem, ni sa famille qui est celle de David, comme on le dira plus loin, mais ses ancêtres immédiats, sa parenté prochaine N'est-ce pas là pourtant une conception bien subtile et qui n'est pas suggérée par le texte? On avoue que cette façon d'entendre la venue du Messie n'est pas autrement documentée ^, et il serait difficile de la rattacher à