B. Weiss
un endroit quelconque de l'Ancien Testament. Ne faut-il pas interpréter ce passage par lui-même, sans égard à ce qui sera dit plus loin surForig-ine davidique du Christ et sa naissance à Bethléem? L'obscurité où était tombée la famille de David ne pouvait pas empêcher de connaître le père et la mère du Messie, surtout s'il fallait que Ton connût son lieu de naissance. Mieux vaudrait sans doute admettre que Tévangéliste a voulu répondre successivement à deux objections qui procèdent de deux traditions différentes et plus ou moins conciliables, touchant les circonstances dans lesquelles devait paraître le Messie. D'après Tune, celle qui est exprimée dans la première objection, le Messie devait apparaître inopinément, sans que Ton sût d'où il venait : cette tradition a réellement existé ; elle se lie bien à l'idée du Messie préexistant dans le ciel et attendant le moment de se manifester au monde, telle qu'on la trouve peut-être dans Daniel, et certainement dans Hénoch et le lY^ livre d'Esdras ; ce Messie pouvait d'ailleurs être censé descendant de David, bien que sa manifestation ne dût pas commencer par une naissance terrestre K Selon l'autre, qui se traduira dans la seconde objection, et qui nous est plus familière, le Christ devait naître à Bethléem : l'on n'a aucune raison de supposer que, d'après cette manière de voir, sa naissance dût être environnée de mystère et ses parents inconnus, d'autant que si les parents étaient inconnus, la filiation davidique, qui doit être ici au premier plan, n'aurait pu être vérifiée. Il semble donc que l'évang-éliste résout des difficultés venues de divers côtés ^ et qu'il n'avait pas à discuter ni surtout à concilier autrement qu'il ne fait en mettant au-dessus de toute espérance ou prédiction spéciale l'origine et la mission divines du Sauveur. Si la tradition du Messie inconnu vient la première, c'est peut-être que l'évangéliste la juge plus importante, et aussi parce qu'il en admet le principe, sauf à l'entendre d'une façon beaucoup plus haute et plus spirituelle que les Juifs.
1. Cf. ScHURER, II, 525-532. L'évangéliste a pu penser à Is. lui, 8, bien que la tradition dont il s'occupe ne dépende sans doute pas de ce texte.
2. C'est ce (ju'a senti Maldonat (II, 669), bien qu'il n'ait pas expliqué convenablement la divergence des traditions : « Probabilius dictu erat diversos fuisse et qui dixerunt : Nemo scit unde sit..., et qui postea di'xerunt • « Ex aemine David et de Belhlehein castello ; idque exutroquelocoperspicuuni est, nam et ex hoc constat hos plebeios fuisse homines ; et ex illo, illos fuisse doctiores, (juia et gonus et patriam Christi ex Scriptura probaverunt. »
A LA FÊT!-: DES TABERNACLES. LES JUIFS
L'objection est solennellement réfutée par le Sauveur. Il dit « tout iiaut ^ », et (( dans le temple » même, où il enseignait : « Vous me connaissez et vous connaissez d'où je suis » ; vous savez que je suis Jésus fils de Joseph, de Nazareth en Galilée, et, avec cela, vous crovez me connaître et savoir d'où je sors; « pourtant je ne suis pas venu de moi-même », je n'arrive pas de Nazareth, et je ne suis pas comme un homme qui s'ing-ère dans une mission qui ne lui revient pas ; « mais » j'ai été envoyé d'en haut ; celui qui me donne mission a qualité pour le faire ; (( c'est un mandant véritable », authentique, autorisé, « que le mien », quoique « vous ne le connaissiez pas » ; pour moi, « je le connais, venant de lui, ayant mandat de lui ». Jésus ne dit pas précisément que celui qui l'envoie existe -, mais que c'est un envoyeur réel et authentique le mieux qualifié en cette qualité, celui à qui il appartient d'envoyer les prophètes, d'envoyer le Messie, d'envoyer son Verbe à la terre. Les Juifs ne le connaissent pas, puisqu'ils méconnaissent son envoyé, puisqu'ils ne savent pas voir Dieu dans le Verbe incarné. Jésus le connaît parce qu'il procède de lui. Gomme la fin de la phrase : (( et celui-là m'a envoyé », ne dépend pas du commencement : (( Je le connais parce que je procède de lui », mais se réfère à ce qui a été dit plus haut du « mandant autorisé », la génération éternelle du Verbe et sa mission temporelle ne sont pas énoncées distinctement en cet endroit. L'auteur du quatrième Evangile ne définit jamais la relation éternelle du Père et du Fils, si ce n'est pour autant que le Verbe préexistait éternellement en Dieu et que Jésus glorifié y demeure pareillement ^. « Je suis de lui » ne marque donc pas expressément l'origine du Verbe, mais le rapport où se trouve le Verbe incarné à l'égard du Père ; il est du Père ; il vient du Père ; et c'est le Père qui l'a envoyé II est fils de Dieu, non de Joseph ; il arrive de Dieu, non de Nazareth. Le Verbe incarné rend compte de son origine céleste en affirmant qu'il vient de Dieu, et c'est par l'incarnation même, à laquelle Jésus doit d'être fils de Dieu, qu'il est envoyé aux hommes. Au fond de cette métaphysique un peu subtile
1. (( Christi ergo clamorem Judaeorum murmurationi tacite opponit evangelista ». Maldonat, II, 669.