‹ Le quatrième évangileChapitre 426 sur 857 · Cf. I, 1-2, 18; XIV · texte numérisé non relu

Cf. I, 1-2, 18; XIV

est l'idée que l'orig-iiie terrestre de Jésus n'exclut pas son origine céleste et divine. 11 ne faut pas dire que les paroles mêmes n'impliquent pas la notion d'une préexistence éternelle, et que cette notion existe seulement dans la pensée de l'évang-éliste K Celui qui est du Père, qui est venu de sa part auprès des hommes, existait auprès du Père avant d'être envoyé en ce monde. Ce n'est pas en ces termes abstraits que Jésus a fait entendre aux Juifs de Jérusalem qu'il était le Messie ; et il est bien superflu de vouloir introduire une distinction entre le sens de Jésus et le sens de l'évangéliste, dans des discours qui ont été manifestement conçus par ce dernier et rédig-és selon sa pensée. L'auteur laisse entendre que la tradition alléguée par les Juifs se vérifie spirituellement en Jésus, puisque son origine céleste est vraiment un mystère, puisque le Christ ne vient d'aucun lieu terrestre. 11 paraît même avoir voulu insinuer l'accomplissement matériel et sensible de la tradition expliquée par lui spirituellement, lorsqu'il a fait apparaître le Sauveur au milieu de la fête, sans que l'on sût d'où il arrivait ni comment il était venu : non que cette circonstance ait une autre portée que celle d'un symi)ole, tout comme la tradition alléguée par les Juifs ; la manifestation inopinée du Sauveur, la j^royance à la venue subite, imprévue, mystérieuse du Messie ne sont que des figures imparfaites de l'incarnation, réalité supérieure à toutes les figures, unique vérité par rapport aux symboles.

Les auditeurs de Jésus, du moins les principaux d'entre eux, les membres du sanhédrin et les pharisiens, sont supposés comprendre que le prophète de Nazareth s'attribue une origine et une mission divines ; ils considèrent cette prétention comme sacrilège et blasphématoire ; ils voudraient mettre la main sur celui qui a proféré ce discours audacieux; mais ils n'y réussissent pas selon leur volonté, (( parce que son heure n'est pas encore venue ». Les efforts des Juifs incrédules et leurs échecs continus seront signalés à plusieurs reprises dans ce chapitre, au point même d'engendrer une certaine confusion dans le récit, surtout pour ceux qui essaient de l'interpréter comme un tableau historique. Bientôt on dira encore que les princes des prêtres et les pharisiens, inquiets des dispositions favorables de la foule à l'égard de Jésus, envoient des sergents pour le prendre. La première tentative aurait-elle eu lieu

1. B. Weiss, 302. Matth. xi, 27, que l'on cite à ce propos, implique aussi une relation transcendante du (IhrisL avec Dieu et la préexistence du « Fils ».

A LA FÊTE DES TABERNACLES. LES JUIFS

« au milieu de la fête », lorsque Jésus parla pour la première fois dans le temple, et la seconde un des jours suivants, sur une nouvelle délibération du sanhédrin ^? L'évangéliste, qui semble attacher tant d'importance à certaines indications chronologiques, a si peu souci de la suite qu'on voudrait chercher dans les incidents relatés par lui, qu'il néglige de dire ce qu'il advint de la seconde tentative, et que les sergents envoyés, le cinquième ou le sixième jour, prendre Jésus se retrouvent seulement au dernier jour delà fête, comme si leur consigne avait été suspendue dans l'intervalle. C'est que l'auteur veut dessiner et caractériser une perspective générale, non raconter le détail de faits réels et distincts. Son esquisse manque d'unité, parce qu'il a dû sérier les objections des Juifs, avec les réponses de Jésus, et qu'il a voulu marquer en plusieurs fois l'impression produite par ces réponses, soit sur la foule, soit sur les chefs. On aurait tort de vouloir marquer jour par jour les démarches du Christ et les agissements de ses ennemis : le récit n'a pas été conçu pour représenter de cette façon ni les unes ni les autres.

11 n'est donc pas utile de considérer comme une première opération infructueuse de la police du temple ce qui est dit d'abord de ceux qui « cherchaient » à s'emparer du Sauveur, ni de compter comme autant d'expéditions se rapportant à des jours différents et à des circonstances spéciales ce qu'on lit ensuite sur le même sujet. Il serait également superflu de vouloir deviner quelles causes historiques, quels obstacles réels n'ont pas permis aux sergents du sanhédrin d'exécuter les ordres qu'ils avaient reçus. L'évangéliste n'indique pas d'autre obstacle que la raison providentielle : (( son heure n'était pas encore venue. » On ne serait fondé à rechercher les moyens extérieurs qui ont servi aux desseins de Dieu que si le point de vue général du récit était celui de l'histoire. Comme ce point de vue est didactique et idéal, on fait un contresens sur le texte en l'interprétant par des faits. L'auteur donne à entendre que Jésus ne pouvait tomber aux mains de ses ennemis qu'au temps marqué par la Providence, et quand lui-même le voudrait bien ; avant ce temps, qui est u l'heure » dont parle notre texte, il leur échappait nécessairement, on pourrait presque dire naturellement, attendu que la volonté des hommes et leur

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