VII
5. Opinion de quelques savants anglais, soutenue en France par P. Martin.
LA FEMMK ADLLTÈHE 539
que l'office du temps, et c'est pourquoi l'histoire de l'Adultère s'y trouve employée K Gomment saint Jean Ghrysostome et Théodore de Mopsueste auraient-ils ignoré cette section de Jean, si la liturgie d'Antioche et de Constantinople l'avait connue de leur temps? Le déplacement du récit dans le lectionnaire ne pouvait pas le chasser de l'Evangile.
Pour expliquer l'addition, il faut considérer la nature môme du récit et ce que la tradition nous apprend à son sujet. Eusèbe - dit que Papias citait l'histoire de la pécheresse dénoncée au Seigneur, et il observe que le même récit se lisait dans l'Evangile des Hébreux. On a essayé d'écarter ce témoignage, sous prétexte qu'il s'agit de « péchés », non d'adultère. Mais le manuscrit de Cambridge se sert aussi du mot « péché » ^. Il s'agit vraisemblablement de la même histoire, que Papias lisait, que contenait l'Evangile des Hébreux, et dont Eusèbe ne se doutait pas qu'elle pût être partie des Evangiles canoniques. La divergence apparente qu'offrent l'allégation d'Eusèbe et le texte traditionnel est à noter pour l'histoire même de la période contestée. Dès la plus haute antiquité, on préférait un terme générique au mot propre qui caractérisait le péché de la femme. Cependant le récit même était un morceau de tradition apostolique. Les critiques modernes croient volontiers qu'il appartient au fond primitif de la tradition synoptique, et ils indiquent même la place qui lui revient, très probablement, dans la suite des faits hiérosolymitains qui précèdent la passion
A-t-il fait jamais partie des trois premiers Evangiles ou de l'un d'eux, et y aurait-il été supprimé ensuite ? La suppression se serait faite au moment où le canon évangélique fut fixé. Mais on s'étonnerait, dans ce cas, qu'elle n'eût pas laissé de trace, et que la section rejetée, au lieu de revenir en son lieu propre, soit allée se joindre à l'Evangile de Jean Les manuscrits qui la présentent dans le texte de Luc ne sont pas anciens ; ils la relient à une
1. Westcott-Hort, 84. D'après Guegory (op. cit. 687), le lectionnaire d'Antioche, clans sa forme la plus ancienne, remonterait à la fin du iv'- siècle.