VII
orig-ine céleste et de sa mission divine, mais en termes communs dont son auditoire ne peut comprendre la portée. On ne doit pas voir là une intention particulière ^ : c'est une application de l'idée que l'auteur se fait du discours parabolique. Toute l'argumentation est en rapport avec la théologie du quatrième Evangile.
Les pharisiens sont supposés ne pas comprendre l'origine et la destinée divines de Jésus, parce qu'ils jugent « selon la cliair - » : en eiîet, s'ils lui font l'application d'une règle de droit faite pour les hommes et les témoignages humains, n'est-ce point parca qu'ils jugent de sa qualité d'après les apparences de sa condition terrestre? Ils jugent donc ainsi sans savoir. Jésus, qui ne juge pas, ne se tromperait pas s'il voulait juger, parce qu'il ne serait pas seul pour le faire et que celui qui l'a envoyé est avec lui. Le mot « juger » paraît employé dans un double sens, car il ne s'applique pas de la même manière aux pharisiens et au Sauveur : le jugement des pharisiens est un jugement d'appréciation, sans conséquence; celui de Jésus est une décision souveraine, un décret divin dont on n'appelle pas. C'est une idée familière au quatrième Evangile, et qui doit répondre à un besoin de sa polémique contre les Juifs, que le Christ ne devait pas venir d'abord pour juger, au sens où l'entendait le messianisme vulgaire, mais pour sauver On ne laisse pas d'observer que le Christ johannique est vraiment juge, et dès maintenant, dans un autre sens, comme il le sera plus tard au sens où on l'entend d'ordinaire ^ ; qu'il a toute aptitude et tout pouvoir pour porter des jugements, parce que le Père est avec lui, parce (pi'il est l'agent du Père. L'argument est assez subtil quant à la forme ^, et purement johannique quant à la pensée. Comme il arrive ordinairement, les interlocuteurs sont censés n'en pas saisir la portée, et ils demandent où est le second témoin. Dans l'espèce, il s'agit de l'opinion que Jésus veut donner de luimême et qu'il prétend autoriser par deux témoignages, celui de son Père et le sien. Cette opinion est un jugement parfait en son
1. « Ut adversarios suos verborum ambiguitate obscuritateque deluderet. » Maldonat, II, 695.