‹ Le quatrième évangileChapitre 470 sur 857 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

LE TÉMOIGNAGE DU PÈRE

révangéliste néglige cette circonstance, et bientôt il nous dira que les mêmes Juifs ne comprenaient pas que Jésus, en parlant de celui qui Favait envoyé, désignait Dieu son Père ^ Il ne faut pas objecter que les paroles de Jésus sont trop claires, car elles ne sont jamais claires pour ses interlocuteurs ; elles ne sont claires que pour les lecteurs de TEvangile, et Jean avait pu constater chez les Juifs de son temps cette inintelligence, devant la théologie du Verbe incarné, qu'il prête aux contemporains de Jésus. Ce n'est pas une plaisanterie qu'il aurait mise dans la bouche des pharisiens, mais des pierres dans leurs mains, s'il avait voulu signifier qu'ils avaient compris. De même, si les pharisiens disent : « Oii €st ton père? » et non : « Qui est ton père? » ce n'est pas qu'ils sachent qui est le Père et demandent seulement à le voir mais parce que le témoin dont Jésus se prévaut devrait être là, pour l'appuyer, et qu'il s'agit moins de vérifier son identité que de savoir où le prendre. Les pharisiens demandent qu'on leur montre •Joseph. On ne doit pas dire que, si les auditeurs n'ont pas compris,- il n'y aurait pas de motif à l'arrestation qui sera présentée <3omme une éventualité naturelle après la réponse du Sauveur; car cette réponse est suffisamment agressive et les déclarations antérieures suffisamment scandaleuses, même par rapport à des gens qui n'en voient pas tout le sens, pour que la répétition du refrain accoutumé sur le projet d'arrestation qui n'aboutit pas, ait besoin d'une autre explication. Après ce qui a été dit à la fin du chapitre précédent 3, le seul fait que Jésus parle librement dans le temple mérite d'être signalé, abstraction faite de l'impression particulière que ses paroles étaient de nature à produire sur son auditoire.

Jésus répond : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez » véritablement, par la même occasion « vous connaîtriez mon Père ». La réponse ne s'adapte pas directement à la question ; mais telle est presque la règle dans les dialogues johanniques. On remarquera que l'ignorance reprochée aux Juifs suppose que la question : « Où est ton père ? » procède d'un complet aveuglement; sinon le Christ semblerait presque dupe de

Page 1