‹ Le quatrième évangileChapitre 481 sur 857 · B. Weiss · texte numérisé non relu

B. Weiss

5. SciiANz, 347; B. Weiss, 335. La distinction des « Juifs » du v. 31, et dés « croyants nombreux » du verset 30, n'aurait de portée réelle que si les « Juifs » représentaient les judaïsants ennemis de Paul, ce que la suite du discours per mettrait de supposer. Cf. Holtzmann, 139. Mais l'évangéliste ne distingue pas deux catégories de convertis; les Juifs croyants sont en même temps les judaïsants, et ils s'opposent simplement aux Juifs non croyants, l'évangéliste ne se risquant pas à dire que tous les Juifs aient été, à un momentdonné, touchés par la prédication de Jésus.

6. V. 31. èàv u(J.£iç [j.£tvriT£ £v Tw Xo-j'O) Tw £[Jia), àXrjOfo; [j.aOr,Taî [jloj i^Tî.

l'abord leur fidélité comme douteuse, et le discours même atteste une différence entre eux et les vrais disciples. « Rester dans la parole » ne signifie donc pas persévérer dans la foi qu'ils ont acquise, puisque cette foi est notoirement insuffisante et n'implique pas encore la connaissance de la vérité salutaire ^, mais être en possession de cette vérité qui est contenue dans la parole, qui est la parole, par une intellig-ence réelle, une persuasion intime et une application efficace dans la conduite. Noter que le Christ dit : « rester dans ma parole », comme il dira plus loin : « rester en moi - ». La vérité, la parole et lui-même ne font qu'un. Les Juifs sont encore sur le terrain de l'Ancien Testament, et ils croient posséder la vérité dans la Loi. Leur devoir serait de reconnaître en Jésus le Verbe incarné qui enseig-ne la vérité de cette vérité, l'objet divin du symbolisme scripturaire. Cet objet n'est pas autre que le Christ lui-même^ illuminateur et libérateur des âmes. La vraie connaissance du Christ, la vraie foi en Jésus sauve les hommes du péché et les rend ainsi vraiment libres.

Mais cette simple proposition: « La vérité vous rendra libres » scandalise l'auditoire. Par une de ces méprises grossières qui constituent presque tout l'artifice des dialogues dans le quatrième Evangile, les Juifs entendent de la liberté civile et politique ce qui est dit de la liberté morale ^. Ont-ils donc besoin d'être émancipés? ne sont-ils pas des hommes libres, et les prend-on pour des esclaves ? La méprise aurait pu tout aussi bien porter sur le mot « vérité », qui n'appartient pas plus que celui de « liberté » à la forme historique de l'Évangile. On n'a donc même pas à se demander si ces contresens perpétuels des Juifs sont vraisemblables au point de vue de l'histoire. Ce ne sont pas des incidents historiques, mais un procédé dialectique propre à l'évangéliste , qui figure ainsi l'attitude générale du judaïsme en face de la prédication chrétienne : hommes de chair, les Juifs n'ont rien compris à l'Evangile, qui est esprit. La liberté dont ils se prévalent est d'abord la liberté civile, sans doute aussi la liberté politique : en droit^ tous les Israélites

1. Ainsi l'idée n'est pas la même que Mattii. x, 22 ; xxiv, 13.

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