‹ Le quatrième évangileChapitre 490 sur 857 · Cf. Grill, jOl, n · texte numérisé non relu

Cf. Grill, jOl, n

2. V. 44, xai £v àXTjGsi'a oùx eaxTixev, oxi ojx saxtv àXr,'6êta Iv auxto.

3. SciiANz, 355. Ce commentateur observe que la chute doit être supposée comme explication, et que c'est depuis sa chute que le diable n'a pas de vérité en lui : considérations étrangères à la pensée de l'évangéliste. Maldonat (II, 7d8) s'efTorco inutilement, après saint Augustin, de retourner le texte, pour lui faire dire : « Quia in veritate non stetit, non est veritas in eo. »

4. oxav XaÀr, xô '^S'jooq, Ix x(ov îoto)v XaXsi, oxt 'leuaxrjç eaxlv xai ô ;raxr;p aùxou.

ENFANTS d'aIIRAIIAM ET ENFANTS DU DIABLE

de plusieurs manières. A s'en tenir au point de vue g-rammatical, on pourrait traduire : « Il est menteur, et son père également ^. » Mais on a vu que la mention d'un père du diable n'a pas beaucoup de vraisemblance. Si c'est le diable lui-même qui est père, il est dit « père du menteur », ou « père du mensong-e ». La dernière hypothèse paraît préférable, quoique la construction logique laisse à désirer dans les deux cas. On ne peut guère douter cependant que la pensée de l'évangéliste n'aille au diable père de l'erreur et du mensonge, de l'incrédulité judaïque et des Juifs incrédules.

En regard de ce maître d'erreur, de haine et de meurtre, Jésus se pose en précepteur impeccable de vérité. C'est justement parce qu'il dit la vérité que les Juifs, enfants du grand menteur et amis du mensonge, ne croient pas en lui. Ils seraient fort empêchés de le trouver en faute et d'alléguer une bonne raison contre l'autorité de son témoignage. N'ayant rien à dire contre le messager, ils devraient accepter le message, reconnaître dans l'enseignement du Christ la révélation de Dieu. S'ils avaient cette orientation native vers le bien, qui se confond ici avec la prédestination des enfants de Dieu, ils écouteraient la parole de Jésus, qui est la parole de Dieu ^ Du reste, la distinction des deux catégories n'est pas rapportée à une cause première, qui serait le libre choix des hommes ou la prédestination, ou bien l'un et l'autre à la fois. Jean n'explique pas pourquoi le diable est menteur, ni pourquoi les Juifs sont incrédules ; il se met en présence des faits, du diable menteur et des Juifs livrés au mensonge.

vin, 48. Les Juifs répondirent et lui dirent : « N'avons-nous pas raison de dire que tu es Samaritain et que tu as un démon ? » 49. Jésus répondit : « Je n'ai pas de démon; mais j'honore mon Père, et vous, vous m'insultez. 50. Quant à moi, je ne cherche pas ma gloire, il y en a un qui la cherche et qui juge. 51. En vérité, en vérité je vous (le) dis, si quelqu'un g-arde ma parole, il ne verra jamais la mort. » 52. Les Juifs lui dirent : « Maintenant nous savons que tu as un démon. Abraham est mort, ainsi que les prophètes, et tu dis : Si quelqu'un garde ma parole, il ne goûtera jamais la mort. 53. Es-tu plus grand que notre père Abraham, qui est mort ? Les prophètes sont morts aussi. Qui prétends-tu être ? » 54. Jésus répondit : « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien. C'est mon Père qui me

1. Les citations gnostiques de s. Epipliane {ap. Rescii, IV, 121) modifient le texte dans ce sens.

2. Cf. ni, 19-21; vi, 37, 44, el le commentaire, supr. pp. 325, 451.

A. LoiSY. — Le quatrième Évangile. 37

LE QUATHIÈMi: ÉVANGILE

glorifie, celui dont vous dites qu'il est votre Dieu, 55. et que vous ne connaissez pas, mais que moi je connais. Et si je disais que je ne le connais pas, je serais, comme vous, un menteur. Mais je le connais et je garde sa parole. 56. Abraham, votre père, a tressailli (dans Tespérance) de voir mon jour ; il l'a vu et s'est réjoui. » 57. Alors les Juifs lui dirent : « Tu n'as pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham ! » 58. Jésus leur dit : (( En vérité, en vérité je vous (le) dis, avant qu'Abraham fût, je suis. » 59. Alors ils prirent des pierres pour les jeter sur lui ; mais Jésus se déroba et sortit du temple.

Les interlocuteurs de Jésus ne protestent pas directement contre une imputation qui est pour eux la plus sanglante injure. Les paroles qu'ils entendent vont tellement à Fencontre de leurs propres idées qu'ils les trouvent plutôt insensées que blessantes. Pour nier que les Israélites, enfants d'Abraham, soient fils de Dieu, il faut être soi-même apostat ou hérétique, comme les Samaritains, à moins qu'on ne soit fou comme les possédés. En dépit de leur assurance, les Juifs n'ont, pour se défendre, que de gros mots et non de bonnes raisons. S'ils appellent Jésus Samaritain, ce n'est pas qu'ils le supposent originaire de Samarie, ou qu'ils fassent allusion à son séjour dans ce pays ; ils constatent, à leur façon, que Jésus n'a pas l'esprit juif. Aussi bien le Christ ne relèvera-t-il pas cette accusation, qui est plutôt un éloge, au point de vue de l'Evangile. Mais il se défendra d'être démoniaque, comme il se défend, dans les Synoptiques, de chasser les démons par Belzéboul K Le Christ johannique ne chassant pas de démons et ne faisant que répandre des vérités, la donnée synoptique a été modifiée, mais elle est facilement reconnaissable dans la transposition qui se fait de la remarque des pharisiens et de l'apologie du Sauveur. (( Je n'ai pas de démon », répond Jésus, car a j'honore mon Père », je ne fais que travailler pour sa gloire, tant par mes actes que par mes paroles, ce qui n'est pas œuvre de démon. L'idée ne doit pas être que Jésus honore Dieu en ne permettant pas que les Juifs l'appellent leur père. Ceux-ci se montrent uniquement capables d'insulter celui qui leur dit la vérité. Lui seul aurait donc le droit de protester contre leurs injures. 11 s'en abstient, parce que son honneur est en bonnes mains ~. Quiconque le repousse ou le

4. Mattii. XII, 24-27; cf. xi, 18; Marc, m, 22-30; Luc, xi, 15, 18-20. 2. Cf. V, 41.

ENFANTS d'aBRAHAM ET ENFANTS DU DIABLE

méprise offense le Père qui Ta envoyé. Le Père a soin de la gloire du Fils, et il saura la faire éclater en temps opportun ; il saura bien aussi « juger » et punir ses ennemis.

La gloire de Jésus apparaîtra en ce que « celui qui garde sa parole ne verra jamais la mort ». Pareille assertion s'est déjà rencontrée K L^'idée de vie embrasse la vie corporelle, la vie spirituelle et la vie de l'éternité ; pareillement Fidée de mort embrasse la mort temporelle, la mort du péché et la damnation ; la vie et la mort du corps sont l'expression symbolique de la vie et de la mort de l'âme. Ceux donc qui auront gardé la parole de Jésus en la pratiquant seront exempts de la mort, parce que la mort temporelle n'a plus de signification pour eux, parce qu'ils ont déjà la véritable vie, parce qu'ils la posséderont éternellement. 11 est sous-entendu que ceux qui rejettent la parole sont voués à la mort, parce que celle-ci garde pour eux toute son horreur, parce qu'ils sont déjà dans la mort par le péché, parce qu'ils y resteront indéfiniment par la damnation. Cette assertion de Jésus n'a pas le caractère d'une apologie ou d'une exhortation ; c'est une menace discrète à ses auditeurs incrédules.

Entendant parler de mort, les Juifs se trompent sur la portée de ce terme, qu'ils prennent au sens ordinaire. Ils se récrient : ne faut-il pas avoir perdu la raison, « avoir un démon », pour se persuader qu'on empêchera les gens de mourir 2? Abraham, les prophètes n'ont pas eu ce pouvoir, et ils sont morts eux-mêmes. Moïse n'est pas nommé, soit qu'on le comprenne parmi les prophètes, soit à cause des légendes merveilleuses qui avaient cours au sujet de sa fin. En attribuant à sa parole une efficacité que la révélation de l'Ancien Testament n'a pas eue sur ceux-mêmes qui en ont été les organes, Jésus fait preuve d'une rare présomption. Qui est-il donc pour distribuer ainsi l'immortalité ? D'après le contexte, il ne peut pas être question exclusivement de l'immortalité que Jésus s'attribuerait à lui-même 3, bien que celui qui donne l'immortalité aux autres doive être censé en profiter le premier. L'expression : « goûter la mort », rappelle le langage des

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