Cf. Sag. VIII
l'aveugle-^é
seconde est conforme à l'opinion vulgaire des Juifs. On n'a pas le droit d'écarter la première, sous prétexte que les disciples n'ont guère pu avoir connaissance de cette théorie ou la prendre au sérieux ^ ; car il ne s'agit pas de ce que les disciples ont pu penser, mais de ce que pense Fauteur, et celui-ci n'est pas ignorant de la philosophie grecque. Une double alternative est censée se poser devant les disciples, et leur esprit hésite entre les deux termes : ils ne présentent pas la seconde explication parce que la première leur paraît inacceptable, et bien moins encore veulent-ils en solliciter une troisième, parce qu'ils les trouveraient toutes les deux insuffisantes. La réponse de Jésus laisse entendre que les deux explications étaient jugées soutenables, et que les interlocuteurs croyaient avoir épuisé la série des conjectures possibles sur le sujet. Il n'y a pas lieu non plus, en ce qui regarde la première hypothèse, de songer à un péché que l'aveugle aurait pu commettre dans le sein de sa mère, ou à des péchés que l'aveugle devait commettre et qui auraient été punis d'avance, ou à l'idée vague de péchés possibles avant la naissance. Toutes ces subtilités ne vont qu'à obscurcir un texte parfaitement clair et intelligible. Ce n'est pas à dire que le quatrième Evangile enseigne positivement la préexistence des âmes et leur déchéance antérieure à la vie présente. Jésus rejettera les deux hypothèses, non seulement par rapport à l'aveugle, mais par rapport à l'humanité que l'aveugle figure.
On remarquera que les disciples ne font pas entrer en ligne de compte le péché originel, et que Jésus dans sa réponse n'en parle pas davantage. A ne considérer que la surface du récit, le cas particulier de l'aveugle est envisagé en lui-même et dans ses causes prochaines ; si l'on va au fond, et si l'on prend l'aveugle comme représentant de l'humanité, ce n'est pas non plus le problème de l'origine du mal qui est traité, mais plutôt, si l'on peut dire, celui de la fin du mal ; aux disciples qui cherchent des causes efficientes Jésus oppose une simple négation, puis il énonce une cause finale, comme si la vraie manière de résoudre le problème du mal était de le regarder parce côté de la finalité'^. La question d'origine demeure intacte ; Jésus ne dit pas d'où vient le mal physique, ni d'où vient le mal moral ; il dit seulemsnt à quoi sertie mal, quelle