‹ Le quatrième évangileChapitre 6 sur 857 · Knabènbauer · texte numérisé non relu

Knabènbauer

2. Hist. eccl. m. 39, 7. La confusion est complète dans la traduction de Rufm ; elle pourrait bien n'être qu'apparente dans Eusèbe, Celui-ci, en interprétant Papias, supprime les intermédiaires entre Papias et les presbytres, mais il ne cesse pas de voir dans les presbytres les disciples des apôtres : xal ô vuv 81 f][j.ïv or]Xou[jL£vo; EfaTriaç toÙç (j.£v twv àTioaxôXwv Xo'yoj; 7i:apà tôjv aùxoïç 7cap7]xoXou6T)xdtcov 6[j.oXoY£Ï 7iap£iX7]çéva[, 'Ap'.ati'wvoç os y.ai tou 7tp£a6uT£pou 'Itoavvou aùxrjxoov âauTov cprjai •(s.véïBai. Pour ce qui regarde les paroles des apôtres, Eusèbe a dans l'esprit ce que Papias a dit d'abord (3) : oùx o/.vTjaw hiioi xai oaaTzoxè Tiapàxwv np£a- 6uT£ptov xaXw; '£[j.a6ov xal xaXojç £[jLV7][xov£'jaa auvTocÇat xaïç £p[j.7]V£i'ai;. Il en conclut que Papias a été instruit par les presbytres, disciples des apôtres. Quant à Aristion et Jean l'Ancien, il les met aussi en rapport direct avec Papias, parce qu'il les a trouvés souvent ensemble dans des citations de l'évêque d'IIiérapolis, qui étaient empruntées à ses souvenirs personnels (7) : ovofxaaTÎ youv TroXXàxi; auTtov fxvr][xov£uaaç ev xoîç aùxou auYYpà[jL[j.aat xi'ÔTjatv aùxwv xai 7:apa8d(j£t;. Et un peu plus loin (14) : xai aXXa; 81 xrj lauxou ypacp^ TcapaBt'Btogtv 'Aptaxitovo; xou TrpdaGEv 8£87]X(o(j.£vou xcov xou xuptou Xo'Yt^v Biriyrjaei; xai xou 7T:psa6ux£pou 'Iojûcvvou 7;apa8o'a£iç. Ainsi, dans tout le livre de Papias, Aristion et Jean l'Ancien étaient associés comme deux témoins de même ordre et de même autorité.

3. Zahn, II, 217. Knabènbauer, loc. cit. Le cas de Pierre (I Pier. v, 1), se disant auv7ipea6ux£poç pour exhorter les presbytres des communautés chrétiennes, n'est évidemment pas le même que celui de Jean l'Ancien. Ce Jean était 6 7rp£a6ux£poç, et Papias le cite par ce surnom (dans Eusèbe, loc. cit. 15). On ne peut alléguer II et III Jean, 1, où Fauteur ne prend pas d'autre nom que celui de Tipeaôuxepoç ; car la question est de savoir si l'auteur réel ou supposé de ces Épîtres est un apôtre. A ne considérer que ce détail, il est assez naturel qu'un demeurant de l'âge apostolique ait été désigné dans son milieu par un tel surnom ; il l'est peut-être moins qu'il se le soit appliqué à lui-même.

4. Voir supr. n. 2. Jean l'Ancien et Aristion avaient-ils été réellement disciples du Seigneur? On a pu le contester. D'après le livre des Actes

INTRODUCTION

porte à croire que Jean l'Ancien, une des deux grandes autorités de Papias, n'était pas un apôtre, mais un simple disciple, un chrétien de Palestine, qui avait peut-être vu le Christ, ou du moins s'était converti de bonne heure à la prédication des apôtres, et que son zèle ou peut-être les troubles de la Judée, vers l'an 70, avaient amené en Asie ^ Papias, qui s'est servi de l'Apocalypse n'en désignait pas l'auteur; s'il eût attribué

(i, 15) cent vingt frères étaient présents à l'élection de Matthias ; mais, en supposant que le chiffre soit historiquement garanti, il ne représente pas autant de missionnaires évangéliques; nonobstant la mission des soixante-dix (Luc, x, 1), les Actes ne connaissent pas, au début de l'Église, d'autres prédicateurs que les Douze. Le nombre des disciples proprement dits, en dehors du collège apostolique, paraît avoir été très restreint. Il ne semble pas qu'on ait fait difficulté d'appeler disciples du Seigneur les convertis palestiniens de la première heure, dont un certain nombre avaient pu voir le Christ ou l'entendre avant sa passion (cf. Harnack, 660). On conçoit que la limite entre cette catégorie de disciples et les anciens n'ait pas été nettement tracée, puisque les premiers étaient, en réalité, disciples des apôtres comme les seconds. D'après les traditions qui se rattachent à lui, il ne semble pas que Jean l'Ancien ait eu des rapports suivis avec le Christ, et s'il a professé l'opinion singulière, touchant l'âge avancé du Sauveur, qui est rapportée par Irénée [Haer. ii, 22, 4), on devrait sans doute penser qu'il n'avait jamais vu Jésus.

\. La question des deux Jean serait définitivement résolue s'il était certain que, d'après Papias, l'apôtre Jean avait été martyrisé par les Juifs, comme son frère Jacques. Dans ce cas, l'apôtre serait mort en Judée, avant 70, et ne serait jamais venu â Éphèse. Un manuscrit [cod. Coislinianus) de la chronique de George Hamartolos (ix*^ siècle) contient cette notice : YlcnzicLc, yàp

ô 'IspaTtoXsw; £7:taxo;ro; Iv tû ôeutspto Xoyw xtov xupiaxtov XoyiM'j cpàazst, OTt

('Itoûcvvriç) UKO 'louBaiwv avripsOr]. De Boor [Texte und Untersuchungen, V, 2, 1888) a retrouvé la même indication dans un autre manuscrit [Cod. Barocciunus) où on lit des fragments d'un abrégé d'histoire ecclésiastique rédigé au vu'' ou au vnie siècle, probablement d'après Philippe de Side (vers 430). Ce renseignement est rejeté par Harnack, Zahn, etc. On suppose un accident de transcription dans la chronique de George Hamartolos : Papias aurait parlé de l'exil à Patmos pour Jean, et du martyre pour Jacques ; un copiste, omettant ce qui regardait Jean, aurait rattaché au nom de celui-ci la notice de Jacques (Lig^moot, Harnack). On ajoute qu'Eusèbe n'aurait pas manqué de signaler une tradition aussi singulière que le martyre de l'apôtre Jean. Zahn, II, 465, pense que Papias parlait de Jean-Baptiste. Holtzmann, 471, croit la notice authentique : Irénée l'aurait négligée comme embarrassante; Eusèbe, comme appartenant aux r.apdi.Zo^<x et aux [jLuôtxfoTspa qu'il était superflu de signaler.

2. Témoignage d'ANDRÉ de Césarée (In Apoc. praef.). Le millénarisme de Papias confirme cette indication. Si Papias avait mentionné l'exil de l'apôtre Jean à Patmos (voir note précédente), il aurait par là-même désigné l'auteur de l'Apocalypse. Mais cette indication aurait-elle échappé à Eusèbe ?

ce livre à Jean l'Ancien, Eusèbe n'aurait pas manqué de le noter. La même conclusion s'impose à Tégard de rKvangile.

Mais Papias a-t-il connu le quatrième Iwangile? On Taffirme volontiers, en s'autorisant de ce qu'il a connu la première Epître johannique. L'argument n'est pas tout à fait concluant; il n'en résulte qu'une simple probabilité. Le silence d'Eusèbe à ce sujet n'est pas entièrement expliqué par le fait que l'historien s'est préoccupé le plus ordinairement de relever les témoignages concernant les deutérocanoniques ^ Ni la première h>pître de Jean ni celle de Pierre ne sont pour lui des livres contestés ; cependant il en mentionne l'usage dans Papias. S'il avait trouvé l'Evangile utilisé de la même façon, il n'aurait sans doute pas négligé de le dire. Quand on le voit si empressé à recueillir le témoignage d'Irénée touchant les quatre Evangiles canoniques, on est bien tenté de penser que les traces de Luc et de Jean n'étaient pas sensibles dans les « Exégèses ^ ». 11 est même permis de se demander, en ce qui regarde Jean, si Papias, dans le cas où il l'aurait connu, l'a considéré comme une source des discours du Seigneur, au même titre que Matthieu et Marc. On ne peut ajouter foi aux notices de manuscrits latins qui font de Papias le secrétaire de l'évangéliste ^. Certains dires des presbytres, sur l'âge du

1. Eusèbe lui-même rectifie cette assertion des apologistes (i/ts<. eccl. m, 3, 3) : Trpoïo'jarjç 8s XTjç laxopta; Tipoup^ou 7toi7]ao[xai aùv xaïç ôiaSo/aïç uTioarjjxrjVaaôai Ti'veç T(ov xatà ^(^pdvouç £X7.Xr]'3iaaTr/.àjv auyypaçéojv OTïoi'atç xsyprjVTaiTtTjv àvxtXeyofjLévtov, Tivaxe T.ipl xùjv èvStaôrj/.ojv y.al 6[j.oAoyO"j[j.£vwv ypaçwv, xai ocja Tcspi xôv jxt) xotouxtov aùxbïç st'prjxai. Cf. v, 8, 1, ce qui est dit pour introduire le témoignage d'Irénée touchant les quatre Évangiles, l'Apocalypse (Eusèbe ne cherche nullement à atténuer ce témoignage), etc. : /caxà xaipov sÎtzo'vxsç xà; xôjv àpyai'tov èx/tXrjaiaaxtxwv 7:p£<j6ux£pojv X£ xai ouyypacpÉtov cptovà;, £v atç xà; rEpl x(ï>v âvôiaôrjxwv ypaçpwv etç aùxoùç xax£X6ouaaç 7iapaBda£'.; ypacprj 7rapaB£8oSxaai.

2. La désignation du Christ comme « la vérité même », dans le préambule du passage cité plus haut (p. 8, n. 4) : où yàp xot; xà x:oXÀà Xiyouaiv lyatpov... oùSèxotç xà; àXXoxpta; £vxoXa; [j.vr]aov£uojaiv, àXXà xoi; xà; ;:apà xoO xupiou x^ 7îi'ax£i 8£8o[jL£vai; xal an aùx^ç ruapayivofxsvaç xfj; àX7i6£i'a;, peut aussi bien être une allusion à III Jean. 42, qu'à Jean, xiv, 6, si toutefois cette façon de parler n'est pas antérieure aux écrits johanniques. L'influence de ces écrits sur Papias ne prouverait pas qu'il les ait tenus pour œuvres de l'apôtre Jean.

3. « Euangelium lohannis manifestatum et datum est ecclesiis ab lohanne adhuc in corpore constituto, sicut Papias nomine Hierapolitanus, discipulus lohannis carus, in exotericis id est in extremis quinque libris retulit. Descripsit vero euangclium dictante lohanne recte. Verum Marcion haereticus, cum ab eo fuisset improbatus, co quod contraria senticbat, abjectus est a lohanne. Is vero scripta vel epistolas ad eum pertulerat a fratribus qui in Ponto fuerunt. » Ms. du Vatican. Alex. 14 (ix« siècle). Un ms. de Tolède (x^ siècle), signalé par WoRDswoin II [Nov. Tenlamenlum latine sec. ed.S. Jlieronymi, I, 4, 490) reproduit la mêm(î notice; avec (pichjues variantes : l'Evangile aurait été écrit « post

Christ et les degrés de la gloire céleste, rapportés par frénée \ et qu'on peut croire empruntés par lui à Touvrage de Papias ^, rendent vraisemblable la dépendance de celui-ci à l'égard du quatrième h]vangile ^. Mai

Apocalypsim » et « in Asia ». La glose « in extremis » pour « inexternis », est l'explication de «in exotericis », où l'on voit une altération de « in exegeticis ». Cependant P. Corssen [Monarchianische Prologe zu den vier Evangelien, llo) admet que l'ouvrage de Papias peut avoir eu comme titre secondaire : e^wTsptxà. Harnack, 665, propose de lire : « lohanne adhuc in corpore constituto », en supprimant « ab ». Ceux qui veulent attribuer quelque valeur historique à ce document supposent que ce qui est dit de Marcion n'est pas censé venir de Papias, non plus que l'assertion : « descripsit vero euangelium dictante lohanne recte » (Zahn, II, 447, 458; cf. Harnack, 665). Papias aurait dit seulement que l'Évangile avait été publié par Jean de son vivant, et Eusèbe aurait négligé ce renseignement comme insignifiant. Si Thypothèse était fondée, Papias aurait donc voulu combattre des gens qui soutenaient que l'Évangile avait été publié ou même écrit seulement après la mort de Jean, et son témoignage en faveur de l'authenticité nous en ferait connaître un tout opposé. A la vérité, ce prologue, qui a dû être écrit d'abord en grec, semble répondre à une objection ; mais la référence à Papias n'en est pas mieux garantie pourcela, et l'on ne voit pas pourquoi l'assertion qui s'y rapporte serait moins légendaire que les suivantes. Irénée, qui exploite Papias dans ce qu'il dit de Matthieu et de Marc, ne sait rien touchant les origines de Luc et de Jean, parce que le livre des « Exégèses » était muet sur ces deux Évangiles. Un autre document [Catena graeca in S. Joannem, éditée par Corderius ; morceau cité dans Gebhardt-Harnack, Patrum apostolicorum opéra, ed. min. 77 ; ed. maj. I, 2, 102) fait aussi dicter l'Évangile par Jean à Papias, en invoquant le témoignage d'Irénée et d'Eusèbe, qui ne disent rien de pareil : était-il plus malaisé d'en appeler à Papias lui-même? Sur la confusion probable de Papias avec Prochorus, l'auteur prétendu d'Actes de Jean composés au v^ siècle, voir Corssen, 116-117. Dans ces Actes, Jean dicte debout l'Évangile à Prochorus : eXeyev -avxa outw; ectto);, ce qui paraît traduit, assez gauchement, dans « dictante lohanne recte ».

1. Haer. ii, 22, 5. « Aetatem seniorem... habens Dominus noster docebat, sicut euangelium et omnes seniores testantur, qui in Asia apud loannem, discipulum Domini convenerunt, id ipsum tradidisse eis loannem. Permansit autem cum eis usque ad Trajani tempora. Quidam autem eorum non solum loannem sed et alios apostolos viderunt et haec eadem ab ipsis audierunt et testantur de hujusmodi relatione... Sed et ipsi qui tune disputabant cum Domino lesu Christo ludaei apertissime hoc ipsum significaverunt » (Jean, viii, 57). Haer. v, 36, 2. ôià touxo tîprj/.svai tov /.uptov âv toi; tou 7i:aTpo'; [xou [jLovàç slvai îxoXXà; (cf. Jean, xiv, 2), citation des « Anciens, disciples des apôtres

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