Cf. Matth. V, 14-16 ; MAnc, iv
lui pourtant qui est la vraie lumière, et les disciples ne feront que répandre la vérité reçue de lui. C'est pourquoi il procède lui-môme et seul au miracle, après s'être réservé la qualité d'illuminateur universel. Son discours serait tout à fait déplacé, dépourvu de sens, si le miracle ne voulait pas dire absolument la même chose. Les miracles des Synoptiques ne se font pas de cette façon, mais ce ne sont que des miracles; les miracles johanniques sont des signes et non de simples preuves de la doctrine. Ainsi le miracle de l'aveugle n'est pas fait pour démontrer que Jésus est la lumière du monde, mais pour représenter dans un fait matériel, sous une forme plus sensible encore, la vérité signifiée par cette métaphore. De là vient que Jésus, qui, dans les Synoptiques, a besoin d'être sollicité, presque forcé à faire des miracles, prend généralement, dans le quatrième Évangile, l'initiative des prodiges qu'il accomplit. Ces prodiges sont l'image de son œuvre spirituelle, qui lui appartient en propre, à laquelle il se livre volontairement; il apporte la grâce et la vérité, la lumière et la vie, à l'humanité, qui ignore tous ces biens ; il les lui donne sans qu'elle les ait demandés.
Pour guérir l'aveugle, Jésus crache à terre, fait un peu de boue avec sa salive, met cette boue sur les yeux du mendiant et lui dit d'aller se laver à la fontaine de Siloé ; l'aveugle obéit et s'en revient voyant. L'aveugle de Bethsaïde, dans Marc est guéri par une application de salive, sorte de remède naturel qui prend, dans la circonstance, le caractère d'un remède miraculeux. Mais la boue fabriquée ici par le Christ n'a pas même l'apparence d'un remède ; bien moins encore peut-on dire qu'elle soit destinée à protéger pendant quelque temps les yeux de l'aveugle, qui aurait eu la faculté de voir avant d'aller à la fontaine -, car rien n'indique une progression dans le miracle, et la lettre s'accorde avec le symbolisme du récit pour placer le miracle à Siloé. Saint Irénée et beaucoup de Pères grecs ont trouvé que la boue étendue sur les yeux de l'aveugle rappelait celle dont Dieu fit, au commencement, le corps de l'homme \ Cette boue signifie la création nouvelle, la création spirituelle du Verbe incarné. On ne voit pas bien comment ce symbolisme serait