Marc, xi, 27-33; Mattii. xxi, 23-27; Luc, xx
l'aveegle-né
volontairement aveugles à son égard. Telle est l'idée que l'évangéliste se fait, non sans raison, de l'attitude du judaïsme à l'égard du christianisme naissant : le judaïsme ne veut pas voir le prodige d'illumination qui s'est accompli dans le monde par Jésus ; ce sont les aveugles d'autrefois, les Gentils, qui voient maintenant, et les prétendus voyants, les Juifs, qui se font aveugles. La scène esquissée dans ce chapitre figure, comme les précédentes, tout un développement historique sans lequel on ne pourrait y voir qu'une série d'incidents vivement tracés, mais incohérents, pris en dehors de la réalité, contradictoires à ce que l'on sait par les Synoptiques de la prédication du Sauveur.
L'entretien de l'aveugle avec les membres du sanhédrin se termine de façon tragique. Poussant toujours plus avant l'ironie, l'aveugle ose bien leur dire des choses qui n'ont jamais pu être exprimées devant cette assemblée, mais qui signifient ou plutôt qui peignent énergiquement l'impuissance des Juifs à expliquer le triomphe de l'Evangile, le grand succès chrétien. (( C'est merveille, dit-il, que vous ne sachiez pas d'où vient » Jésus ; et « pourtant il m'a ouvert les yeux » ; vous devriez vous y connaître, et mon cas n'est pas négligeable ni obscur ; Dieu ne fait pas de miracles pour les pécheurs ; <( il n'exauce » en cette manière que « ceux qui l'honorent et font sa volonté » ; même dans l'Ecriture il n'y a pas exemple que u quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né » ; ce que Jésus a fait prouve qu'il vient de Dieu, car, (( s'il n'était pas de Dieu, il n'aurait pu le faire ».
L'aveugle expose la thèse qui est développée dans tout l'Evangile : les œuvres de Jésus sont visiblement des œuvres divines ; à les considérer comme œuvres extérieures, ce sont des miracles de telle nature que Dieu n'en peut faire de semblables que pour l'exaucement de ses fidèles ; et si l'on regarde leur signification, c'est l'œuvre du Christ dans le monde, c'est la sanctification du geni^ humain ; cette grande œuvre de Dieu est l'œuvre même de Jésus^ qui seul a ouvert les yeux de l'humanité, le véritable aveugle-né. Il ne s'agit pas de déterminer ce que peut obtenir de Dieu la prière d'un pécheur, ni le genre de prodiges que pourrait exécuter la puissance diabolique. Le miracle divin est conçu comme l'exaucement d'une prière ^ ; il ne peut être accordé à la