Cf. XI
supplication d'un homme qui serait actuellement pécheur et qui devrait demeurer tel ; les miracles de Jésus sont des actions divines dont on ne conçoit même pas qu'elles puissent s'accomplir autrement que par un envoyé de Dieu.
Cette fois l'homme en arrive à proclamer la mission céleste de Jésus. Son discours, qui a commencé sur le ton plaisant, s'achèvesur le ton grave, dans un argument irréfutable, qui est une profession courag-euse de la vérité. Aussi la colère des Juifs ne connaît-elle plus de bornes. On chasse et on excommunie le misérable qui a osé faire la leçon aux docteurs d'Israël, leur prouver ce qu'ils ne veulent pas voir, confesser devant eux la foi qu'ils veulent étouffer. Son infirmité ne montrait-elle pas qu'il était souillé, maudit, damné dès sa naissance ? Il est probable que l'évangéliste prête aux Juifs les opinions que les disciples ont exprimées au commencement de ce récit : pour naître aveugle il faut avoir péché soi-même dans une existence antérieure, ou être issu de parents pécheurs^ à moins que ce ne soit les deux ensemble ; il faut être souillé de corps et d'âme et livré par avance à tous les esprits d'impureté. Peu importe que l'aveugle voie clair maintenant ; il est encore plus odieux qu'auparavant, ou plutôt il ne Test que dès maintenant : qu'il soit excommunié !
Le texte, en effet, ne veut pas dire seulement qu'on le mit dehors, qu'on le chassa de la salle où il avait subi son interrogatoire, mais, conformément à ce qui a été plus haut, qu'on prononce son exclusion de la communauté israélite. L'insistance que met l'évangéliste à signaler ce fait montre bien qu'il n'a pas en vue un simple congé, même donné violemment, mais une excommunication véritable, bien qu'il ait évité d'employer une formule plus explicite et qu'il se soit contenté de signifier dans l'expulsion de l'aveugle par le sanhédrin^ l'excommunication des chrétiens par les Juifs. On peut dire que l'aveugle n'avait pas reconnu Jésus pour le Christ ; mais il l'avait reconnu pour l'envoyé de Dieu, et on le regarde comme gag-né à Jésus. Il est oiseux de se demander si l'excommunication a coïncidé avec l'expulsion, et si elle n'aurait pas été prononcée dans une séance particulière, après qu'on eut chassé l'aveugle ~.
1. Cf. V. 22, décision des Juifs pour que celui qui confesse le Chrisl à-oau- VûCYwyo; y£vr]Tat, et v. 34, xal èÇéÇaÀov auxciv ïqo). Cf. III Jkan, 10.