‹ Le quatrième évangileChapitre 52 sur 857 · Cf. Col. i, 15-16; Hébr. i · texte numérisé non relu

Cf. Col. i, 15-16; Hébr. i

2. Baldenspergeu, Der Prolog des vierten Evangeliums (1898), 19.

3 . On dit que l'impression produite par Jésus sur ses amis et sur ses ennemis exige plus de temps que n'en marquent les premiers Évangiles; que Socrate, Boiiddliîi, Mahomcl, les i)ro[)hèLes ont enseigné longtemps ; que Moïse, David, Salomon ont eu une longue carrière (H. R. Reynolds, Diciionary of the Bible, II,

compris qu'il suppose une sorte de miracle permanent pour empêcher les Juifs de mettre la main sur le Christ. Toutes réserves faites sur la question du miracle, une telle façon de présenter les choses n'est pas conforme à la réalité.

Les énormes lacunes que présente le cadre johannique tendent aussi à démontrer que ce cadre n'est pas réel. Il ne faut pas dire qu'on peut les combler avec la matière contenue dans les Synoptiques; car il est trop évident qu'elles n'ont pas été ménag-ées pour cela. Mais l'auteur, voulant en même temps faire valoir la prédication de Jésus dans la métropole des Juifs et présenter sous le couvert de cette prédication sa propre doctrine, ou, si l'on veut, son interprétation spirituelle de l'I^'vangile, n'avait d'autre ressource que de multiplier les voyages du Christ à Jérusalem. Les pèlerinages pour les fêtes juives lui en fournissaient l'occasion naturelle, d'autant plus avantag-euse que le Sauveur, en ces circonstances, n'était pas censé parler seulement aux habitants du lieu, mais aux Juifs que les grandes solennités y amenaient de toute la Palestine, l'on peut dire de toutes les parties du monde. Les vides de la narration sont dissimulés par les discours; l'évangélisle même ne paraît pas en avoir conscience, tout absorbé qu'il est par la préoccupation de son enseignement. Il lui a suffi de conduire Jésus à Jérusalem pour les deux premières pâques, de rattacher la multiplication des pains à la troisième, de ramener Jésus dans la capitale à l'occasion de la fête des Tabernacles, puis de la Dédicace, pour épuiser son thème doctrinal et satisfaire aux besoins de son argumentation contre le judaïsme. La dernière année comprend trois voyages et trois séjours, tandis que la période antérieure, qui embrasse plus de deux ans, n'a que deux voyages et deux séjours; c'est qu'il convenait de placer les instructions les plus importantes dans les derniers mois et les derniers jours du Sauveur.

On objectera peut-être que l'évangéliste aurait pu se dispenser d'élargir le cadre synoptique, puisqu'il n'avait pas de quoi le remplir en l'élargissant. Mais une autre considération, toujours liée au but didactique et apologétique du livre, est intervenue pour fixer la durée du ministère. Dans la pensée de l'auteur, le schéma chronologique doit couvrir une période de trois ans et quelques mois : c'est une demi-semaine d'années, le chiffre messianique par excellence, qui joue un si grand rôle dans la

711 a). Ace compte, il n'y a qu'à reprendre la thèse d'Irénoe {siipr. p. 13, n. 1) et à soutenir que Jésus était vieux quand il mourut. La mission du Christ était tout autre que celle de Moïse, David et Salomon ; quant à Socrate et aux autres personnages cités, ils n'avaient pas en face d'eux une autorité religieuse aussi puissante et aussi jalouse que celle du sanhédrin, ni un pouvoir politique aussi absolu et ombrageux que la domination romaine.

A. Loisv. — Le quatrième PJvangile. 5

prophétie de Daniel ' et dans l'Apocalypse ^. Si Févan^^^éliste n'insiste pas sur la valeur du chiffre et le laisse plutôt deviner, c'est qu'il évite de contredire ouvertement les Synoptiques, même dans les cas où il paraît s'en écarter le plus ; c'est aussi parce que son livre paraît avoir été destiné d'abord à un petit cercle d'initiés qui comprenaient les choses à demi mot. Son attitude à l'égard des premiers Évangiles ne s'expliquerait pas du tout, s'il avait l'intention de les corriger par le moyen d'indications historiques plus sûres ; au lieu d'atténuer les renseignements qu'il apporte, il devrait leur donner du relief. L'on comprend, au contraire, aisément pourquoi il semble n'aller pas jusqu'au bout de ses propres données, si ces données sont des symboles créés par lui et n'ont aucun caractère de tradition historique.

L'hypothèse qui est ici proposée se trouve confirmée par ce que le quatrième Evangile laisse entendre, au sujet de l'âge du Christ, dans les passages où il est dit que le temple, qui avait été quarante-six ans en construction, était la figure de son corps et que Jésus n'avait pas encore cinquante ans dans l'année qui précéda sa passion ^. Ces indications sont à demi voilées, comme celles qui concernent la durée du ministère, et pour la même raison. Elles se rattachent au même schéma symbolique, où la vie du Christ est censée correspondre au nombre parfait de sept semaines d'années, une demi-semaine étant réservée à la fin pour la manifestation du Christ et sa lutte contre la puissance des ténèbres, qui aboutit à son triomphe définitif. Il n'est donc pas nécessaire de supposer à cette chronologie un fondement traditionnel ; elle n'a pas plus de consistance que les généalogies davidiques du Sauveur, dans Matthieu et dans Luc, et elle signifie la même chose, c'est-à-dire que Jésus est le Christ.

Ce point, une fois établi, crée déjà une forte présomption contre la date assignée par Jean à la mort du Sauveur. Dans les premiers Iwangiles, le dernier repas du Christ est celui de la pâque, et Jésus meurt le vendredi 15 nisan, premier jour de la semaine pascale. Dans Jean, le dernier repas semble être un repas ordinaire, et Jésus meurt le

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