Maldonat, II
les brebis. « Elles brebis n'ont pas écouté » les faux bergers, parce que c'étaient des brigands. Cette remarque ne fait pas allusion au cas personnel de l'aveug-le ^, si ce n'est pour autant que l'aveugle représente l'humanité convertie au christianisme. Les brebis qui se sont dérobées à l'influence des faux pasteurs sont, dans le passé lointain, le petit nombre d'Israélites qui ont été sincèrement fidèles à l'enseignement de Moïse et des prophètes, et, depuis l'apparition de Jésus, tous ceux des Juifs et même des Gentils qui ont adhéré à l'Evangile. Dans la perspective du discours, les brebis dont il est parlé en cet endroit sont d'abord les Juifs qui se sont convertis malgré leurs chefs religieux, prêtres et docteurs.
« Je suis la porte, reprend Jésus ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et sortira, et il trouvera un pâturage. » Les interprètes qui entendent plus haut « la porte des brebis )> d'une porte pour les pasteurs qui ont accès auprès des brebis, observent ici que les mots « entrer et sortir » conviennent mieux à des hommes qu'à des brebis : il s'agirait des pasteurs entrant par le Christ, allant et venant pour leur besogne et trouvant des pâturages pour le troupeau. Mais il est aisé de répondre que l'allégorie s'appliquant à des hommes-brebis peut user de termes qui ne conviendraient pas aussi bien à de simples moutons. Il est plus naturel d'entendre de la brebis, de chaque fidèle, le salut dont parle Jésus, que de la sécurité du pasteur légitime, comparé au voleur qui risque d'être découvert - ; on peut en dire autant des pâturages que la brebis trouve et dont elle use ; « entrer et sortir » peut s'entendre des allées et venues de la brebis entre le bercail et le pâturage quoique la liberté de l'homme-brebis y apparaisse plutôt sans figure; enfin l'antithèse n'est plus entre le pasteur légitime qui entre par la porte, et le voleur qui pénètre à la dérobée dans le bercail ^, mais entre le Christ porte du salut, qui va se dire aussi bon pasteur, qui procure aux brebis sécurité, liberté, nourriture et vie, et le voleur qui ne vient que pour a piller, égorger et détruire » le troupeau. Jésus vient pour que les brebis « vivent et qu'elles aient l'abondance », que les hommes reçoivent le don de la vie éternelle