‹ Le quatrième évangileChapitre 523 sur 857 · Holtzmann, loc. cit · texte numérisé non relu

Holtzmann, loc. cit

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LE BON PASTEUR

et tous les biens spirituels qui s'y rapportent. La vie et l'abondance ne sont pas deux objets différents, mais une seule vie larg-e et copieuse. L'abondance n'est pas à entendre de la vie éternelle par opposition à la vie présente, ni des biens spirituels par opposition à la vie naturelle. Il s'agit d'une même vie que l'on dit d'abord communiquée, puis, pour plus d'emphase, richement douée ; cette vie est éternelle dès maintenant parce qu'elle garantit l'éternité bienheureuse à qui la possède.

Celui qui vient donner la vie aux brebis sacrifie pour elles sa propre vie; c'est pourquoi il est, entre tous et de façon unique, le bon pasteur. Un si grand dévouement ne pourrait être attendu d'un mercenaire; le pasteur à gages n'a pas réellement souci des brebis , il s'enfuit 1 quand il se voit en cas de s'exposer lui-même pour les préserver du danger qui les menace. Pas plus dans ce passage que dans les précédents, l'évangéliste ne réussit à formuler une parabole proprement dite; il reste dans l'allégorie, sauf à y mêler la comparaison du mercenaire, dont l'application est moins nettement dessinée que le personnage du bon pasteur. Le bon pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis, est Jésus seul. Dans le cours ordinaire de la vie, il n'est pas d'usage que les meilleurs bergers meurent ainsi; ils n'y sont nullement tenus, et leur mort serait tout autre chose qu'un avantage pour le troupeau. Mais Jésus est par excellence le bon pasteur - », et le troupeau pour lequel il donne sa vie est aussi unique en son genre. L'allégorie du bon pasteur est préparée en plusieurs endroits de l'Ancien Testament ^ ; il ne semble pas néanmoins que ce soit par référence directe à ces passages que Jésus se dit « le bon pasteur » ; c'est à raison du trait qui le caractérise entre tous les bergers, l'abandon de sa vie pour son troupeau. Jésus

1. Les mots : zal ô Xu/.o; àpTraî^ei xtX,, forment une sorte de parenthèse à la fin du V. 12 ; pour la facilité de la reprise, le texte reçu (mss. lat. Yg.) ajoute, au commencement du v, 13 : ô 8s [xtaôoj-roç ^suysi.

2. (( Pastorem qualis nemo alius fuerit, nemo futurus sit. » Maldonat, II,

3. Ps. XXIII, 1 ; Is. XL, 11; Éz. xxxiv, 1-16, 23; Jér. xxiii, 1-4; Zacii. xi, 4-17; MiGH. V, 3. Bien qu'il ne se réfère pas aux prophéties, on peut se demander si l'évangéliste n'a pas songé spécialement aux passages d'Ézéchiel où il est dit que Dieu lui-même fera paître son peuple, et s'il n'y a pas ici, comme en bien d'autres endroits, une attestation implicite de la divinité de Jésus-Christ.

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« dépose ' » sa vie comme on ferait d'un vêtemenl. L'évangéliste reviendra bientôt sur cette idée, car il tient à montrei' que la mort du Sauveur a été volontaire. Les brebis dont on parle sont la propriété du Christ, parce qu'elles lui ont été attribuées par le Père et que lui-même les a choisies C'est k lui qu'elles appartiennent, et à personne autre : aussi l)ien les mercenaires qui voudraient accaparer son troupeau prouvent-ils qu'ils ne sont point bergers, lorsque le danger apparaît.

L'égoïsme et la lâcheté du mercenaire font ressortir le dévouement et le courage du bon pasteur. Si ce personnage du mercenaire, « à qui les brel)is n'appartiennent pas », a une signification allégorique précise, il doit représenter avant tout les docteurs juifs, les mêmes qui ont été appelés « voleurs et brigands », sans que l'on doive songer en particulier à ceux qui ont provoqué la révolte du peuple contre l'autorité romaine et qui ont su échapper à la catastrophe de l'an 70 ^. Une application secondaire aux chefs des communautés chrétiennes ^ n'est guère plus vraisemblable, bien qu'il soit très facile de retrouver dans le mercenaire quiconque, ayant charge d'âmes, trahit son devoir et abandonne ses ouailles devant la persécution. Le loup u prend » un certain nombre de brebis et « disperse », en le faisant fuir, le reste du troupeau : ainsi en est-il dans les temps difficiles, où l'on reconnaît, à leur attitude, les faux bergers d'avec les vrais. Le loup personnifie les pouvoirs persécuteurs, mais il ne peut guère figurer les hérétiques ■\

Le mercenaire qui abandonne les brebis au loup ne les a jamais aimées, il ne les a pas connues et regardées comme ses brebis. Il en va tout autrement de Jésus, qui connaît ses brebis, qui est connu d'elles, comme son Père le connaît et comme il connaît son Père ^. Cette union intime du pasteur et des brebis, qui n'est comparable qu'à celle du Père et du Fils, sera longuement célébrée

1. V. 11, 6 7:oi[xr]V ô •/.a)à; T7]v ^j>uyr]v aùroù' tîOriaiv oTièp roiv 7rpo6àT<ov. Le sens de « mettre, destiner » (B. Weiss, 382) est exclu par le contexte ; de même celui de « donner en paiement » (Scuanz, 390).

2. L'idée que Jésus aurait accjuis les brebis par sa mort (Scuanz, 386) est moins johannique.

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