Cf. II, 19-21; V
LE BON PASTEUR
décidé à subir la mort ; ce ne sont pas les manœuvres des Juifs qui le feront périr malgré lui, mais c'est uniquement parce qu'il Faura permis, que ces manœuvres aboutiront au résultat cherché par leurs auteurs. Et comme il est libre à Fégard de la mort pour l'accepter, il est pareillement libre pour en triompher ; il quittera la vie parce qu'il l'aura voulu, et il la reprendra de même. Les Juifs n'en seront pas moins responsables de sa mort ; mais on ne peut pas dire que le Père soit l'auteur de sa résurrection car l'évangéliste affirme trop clairement que le Christ se ressuscitera luimême. Il est vrai que ce sera par la jDuissance infinie de la vie que le Père lui a donné d'avoir en lui. Cette pleine liberté du Fils résulte d'un dessein du Père ; ce que Jésus doit faire de son propre mouvement est l'ordre qu'il a reçu de celui qui l'a envoyé. Ainsi la subordination s'associe en quelque manière à l'égalité dans le rapport du Fils avec son Père Le commandement du Père concerne directement l'abandon et la reprise de la vie par le Fils, où se résume l'activité salutaire du bon pasteur.
X, 19. Un désaccord se produisit de nouveau parmi les Juifs au sujet de ces paroles. 20. Plusieurs d'entre eux disaient : « 11 a un démon et il est fou. Pourquoi donc récoutez-vous? » 21. D'autres disaient : « Ces discours ne sont pas d'un démoniaque. Est-ce qu'un démon peut ouvrir les yeux des aveugles ? »
Les explications du Sauveur provoquent des jugements divers parmi les Juifs. La majorité défavorable, qui n'y a rien compris ni voulu comprendre, se réfère à ce qu'elle a déjà dit : « 11 a un démon; c'est un fou. A quoi bon l'écouter? » D'autres, qui n'osent pas se prononcer ouvertement pour Jésus, contestent néanmoins cette appréciation. Le discours leur paraît sensé; la guérison de l'aveugle surtout ne leur semble pas pouvoir être attribuée à un démon. Mais ils ne vont pas plus loin^ et l'on ne dit pas qu'ils croient ; ils sont hésitants. Peut-ê tre l'auteur a-t-il connu cer-
1. B. Weiss, 386. Maldonat (II, 763) s'efforce de montrer que Tabandon que le Christ fait de sa vie n'est pas en contradiction avec la doctrine théolo^ique d'après laquelle la mort n'a pas rompu l'union hypostatique du Verbe avec le corps et l'âme séparés. Il faut dire simplement que le point de vue de l'évangéliste n'est pas celui de la théologie.