Marc, xi
LAZARE (Jean, xi, 1-46)
Les chapitres xi et xii servent d'introduction immédiate à la catastrophe finale. La résurrection de Lazare, qui est le plus grand et le plus significatif des miracles de Jésus, va provoquer une résolution définitive de la part du sanhédrin, et comme « l'heure » approche, cette résolution aura son effet. Après avoir montré qu'il est le maître de la vie et de la mort, le Christ pourra mourir : on est certain d'avance que sa mort est volontaire et ne sera pour lui qu'un passage à la résurrection, à la gloire, un retour au Père qui l'a envo^^é, au ciel d'où il est venu. Déjà le Sauveur ne cherche plus à gagner les Juifs par sa parole. Une dernière œuvre leur sera proposée pour qu'ils reconnaissent Dieu dans son envoyé; et cette œuvre ne les éclairant pas, Jésus sera tout entier à ses disciples et à la consommation de son ministère.
XI, J , Et il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, du village de Marie et de Marthe, sa sœur. 2. C'est Marie, celle qui oignit de parfum le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux, dont le frère, Lazare, était malade. 3. Les sœurs donc envoyèrent lui dire : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. 4. Et (en r)apprenant, Jésus dit : « Cette maladie ne va pas à la mort, mais à la gloire de Dieu, pour que le Fils de Dieu en soit glorifié. » 5. Et Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare. 6. Lors donc qu'il eut appris que (Lazare) était malade, il resta encore deux jours à l'endroit où il était; 7. puis, après cela, il dit aux disciples : « Retournons en Judée. » 8. Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout à l'heure les Juifs cherchaient à te lapider, et tu y retournes ! » 9. Jésus répondit : (( N'y a-t-il pas douze heures du jour? Si quelqu'un marche durant le jour, il ne trébuche point, parce qu'il voit la lumière de ce monde; 10. mais si quelqu'un marche durant la nuit, il trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui. » H. Il leur parla ainsi, et après cela il leur dit : « Lazare, notre ami, dort, mais je m'en vais le réveiller. » 12. Alors les disciples lui dirent: « Seigneur, s'il dort, il guérira. » 13. Et Jésus avait parlé de sa mort,
LAZARE
mais ils avaient cru qu'il parlait du repos clu sommeil. 14. Alors Jésus leur dit ouvertement : « Lazare est mort; 15. et, à cause de vous, je me réjouis de n'avoir pas été là, pour que vous croyiez. Mais allons prèsde lui. » 16. Alors Thomas, — c'est-à-dire Didyme, — dit aux autres disciples : « Allons, nous aussi, mourir avec lui. »
Pendant que Jésus était au delà du Jourdain, un certain Lazare, de Béthanie, tomba malade. Cette Béthanie était le pays des deux sœurs Marthe et Marie ; Marie est cette femme qui a oint de parfum le Seig-neur, et lui a essuyé les pieds avec ses cheveux ; Lazare était son frère, et conséquemment celui de Marthe, Toutes ces indications se succèdent un peu en désordre et non sans quelque embarras. On dirait que l'auteur ne les avait pas prévues et qu'il les donne à mesure qu'elles se présentent à son esprit. Le lecteur est censé mieux connaître les deux sœurs Marthe et Marie que Béthanie et Lazare. Or les deux sœurs sont mentionnées dans un récit de Luc et si notre auteur ne se réfère pas explicitement au troisième Evangile, on doit dire au moins qu'il s'y rattache et qu'il en dépend. Sa façon de désigner Béthanie est tout à fait bizarre, s'il pense à deux villages de ce nom, et s'il veut distinguer la Béthanie judéenne de la Béthanie transjordanienne. Car on n'est pas obligé de faire la distinction, et de ce que Béthanie est le pays de Marthe et de Marie, on ne peut conclure qu'il existe une autre Béthanie. L'antithèse des deux localités pourrait fort bien n'exister que dans l'esprit des commentateurs. Il est possible que Jean n'ait pas connu d'autre Béthanie que celle dont il parle maintenant 2 ; en tout cas, il semble ne penser qu'à celle-là. Si le lieu oii Jésus s'est retiré s'appelle aussi Béthanie, on ne conçoit pas que la distinction des deux endroits n'ait pas été marquée plus expressément, par une indication géographique des plus faciles à fournir. Supposons que l'auteur ne songe qu'à la Béthanie judéenne, il la désigne comme patrie de Marthe et de Marie, parce que le troisième Evangile ne dit pas où demeuraient les deux sœurs, et peut-être aussi à cause du rapport qu'il perçoit entre la signification symbolique de Béthanie et celle qu'il attribue aux sœurs de Lazare.
La notice concernant Marie et l'indication de la parenté entre Marie et Lazare se présentent dans les mêmes conditions. Luc n'a pas identi-