B. Weiss
LAZARE
tôt à supposer qu'il est le premier à les apporter, et que le public en est maintenant informé ^ .
La vie de Lazare paraissant en danger, les deux sœurs foni prévenir Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. » Une prière discrète est contenue dans cette communication respectueuse et amicale. La prière n'est pas moins touchante, si l'on songe que Lazare représente l'humanité souffrante et abandonnée, qui attend de Jésus la vie éternelle. Mais si, aux noces de Cana, le Christ johannique a répondu à sa mère, qui lui demandait un miracle : « Femme, qu'y a-t-il de commun entre nous ? » à plus forte raison ne cédera-t-il pas à la requête de Marthe et de Marie. Il ne répond même pas au message qu'on lui apporte, et les paroles qu'il prononce à cette occasion semblent dites pour les disciples, à moins que ce ne soit pour les lecteurs de l'Evangile. On ne dit pas que le messager des deux sœurs les ait entendues, ni surtout qu'il ait été chargé de les transmettre immédiatement à Béthanie. Il n'en sera pas question plus tard, dans la première rencontre de Jésus avec Marthe et Marie, et l'on suppose très gratuitement que le messager, après les avoir recueillies, les aura portées aux deux sœurs comme une promesse destinée à soutenir leur espérance en même temps qu'à éprouver leur foi '2.
Les paroles de Jésus ne sont pas une réponse au message reçu, mais une réflexion analogue à celle qui a été faite avant la guérison de l'aveugle-né ^. Celui-ci n'était pas aveugle par suite d'un péché, mais pour fournir matière à une œuvre divine. Ainsi en est-il de Lazare et de sa maladie. « Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, pour que le Fils de Dieu
1. L'on n'a pas à discuter ici les légendes concernant Lazare et ses sœurs. Il y aurait plus que de l'imprudence à s'en servir pour compléter l'Evangile. Pas plus dans Jean que dans Luc, Marie sœur de Marthe ne s'identifie avec Marie de Magdala. Quant à l'apostolat de Lazare à Marseille, il parait aussi bien établi que son apostolat en Chypre, d'où ses reliques ont été transportées à Constantinople en 890 (Schanz, 402, rapporte les deux traditions sans se prononcer). Si ces deux Lazare ont existé, ils n'ont rien de commun avec celui du quatrième Evangile.
2. Schanz, 403. La leçon de la Vulgate (xi, 4) : « dixit eis », suppose que la réflexion de Jésus est une réponse destinée aux sœurs de Lazare ; mais le pronom manque dans les anciens témoins du texte grec.