H. Weiss
LAZARE
grand que le miracle demandé. La mort de Lazare Sst la condition préalable de sa résurrection, et Lazare sans doute n'est pas mort quand Jésus dit : « Cette maladie n'est pas mortelle )) ; il le sera deux jours plus tard, quand Jésus donnera l'ordre de retourner en Judée. On peut trouver que la remarque touchant l'amitié du Christ pour la famille de Béthanie a trop l'air de prévenir une objection ; Ton dirait que les renseignements arrivent tout exprès pour le besoin de la thèse ou du symbolisme théolog-ique. Il en est réellement ainsi, et une relation purement historique aurait été rédigée d'autre manière. Rien n'invite à supposer que l'amitié de Jésus, explique la maladie de Lazare, parce que Dieu afflige ceux qu'il aime ^ . Le Christ reste encore deux jours au delà du Jourdain, comme il est resté quelque temps en Galilée après que ses frères l'ont invité à se rendre à Jérusalem pour la fête des Tabernacles 2. Ce n'est pas qu'il craigne pour lui-même, et moins encore qu'il attende un avertissement du Père pour se mettre en route ^. Le Christ johannique n'est jamais à court de lumières, et, dans le cas présent, il sait dès le début ce qu'il veut faire.
Au bout de deux jours, le Sauveur dit à ses disciples : (( Retournons en Judée. « Il ne dit pas « à Béthanie », observent les commentateurs ^, parce que ce n'est pas le voyage de Béthanie qui est dang-ereux en soi, mais le retour en Judée. Cependant il est plus, conforme à l'esprit de l'Evangile d'admettre que Jésus s'abstient âe faire allusion à Béthanie et à Lazare, pour faire ressortir l'indépendance absolue de sa détermination et la signification générale de sa démarche. La libre initiative du Christ est bien marquée dans les paroles : « Allons de nouveau en Judée. » Ce n'est pas la prière des deux sœurs qui l'a décidé, et les remontrances des disciples ne le retiendront pas. Il s'en va délibérément produire en face du judaïsme incrédule un grand fait divin. La Judée, où doit s'accomplir l'œuvre de salut figurée par la résurrection de Lazare, s'oppose à la Pérée, le pays d'au delà, figure du séjour céleste d'où vient le Fils de Dieu et où il se retirera quand sa manifestation terrestre sera terminée.