‹ Le quatrième évangileChapitre 56 sur 857 · Maug, XVI · texte numérisé non relu

Maug, XVI

4. Il est invraisemblable que Marc et le rédacteur du premier Évangile aient pu se tromper en matière de coutumes juives. Cf. Holtzmann, Einleilung^ 448.

5. I Cor. xi, 23-25, contient un récit de la cène tout à fait parallèle à celui des Synoptiques. Il serait puéril de soutenir que Paul n'aurait pas désigné la nuit pascale par ces mots : « la nuit où (le Seigneur Jésus) fut livré. » Sa description de la cène eucharistique est conforme au rituel de la pâque.

INTRODUCTION

Christ est mort, mais il laisse clairement entendre que le dernier soupir de Jésus, l'application du crizrt/ragriom aux deux autres suppliciés, le coup de lance du soldat se placent à la chute du jour, c'est-à-dire à l'heure prescrite dans l'Exode pour l'immolation de l'agneau ^ Que l'évang-éliste ait entendu prendre position dans la question pascale et combattre l'observance qui est restée celle des quartodécimans, comme plusieurs critiques l'ont soutenu, après Baur, c'est un point douteux et, en tout cas, secondaire ; on peut dire seulement que le schéma johannique est conçu indépendamment de l'observance quartodécimane, et que l'esprit de son auteur y est aussi contraire que possible ; mais l'intérêt principal de la combinaison est dans le rapport typologique de la passion avec le rituel pascal, et du Sauveur crucifié avec Tagneau immolé. La date de l'onction, que Jean ^ met six jours avant la pâque, tandis que les Synoptiques la mettent seulement deux jours avant ^, est une anticipation comme il s'en trouve beaucoup d'autres dans le quatrième Evangile ; celle-ci aboutit à placer l'onction, où est figurée la sépulture du Christ, le samedi d'avant celui que Jésus a passé dans le tombeau, soit sept jours, une semaine, un nombre parfait, avant l'événement figuré.

Pour être moins apparente, la différence n'est pas moindre entre les Synoptiques et Jean pour la façon d'entendre et de présenter le développement de la carrière messianique de Jésus. On discerne aisément, au fond des premiers Evangiles, un fait dont les évangélistes eux-mêmes ne semblent pas se rendre exactement compte, mais qui s'est imposé en quelque façon à la tradition qu'ils interprètent : c'est à savoir que Jésus ne s'est pas d'abord avoué Messie, même devant ses disciples ; que cet aveu se place chronologiquement après l'insuccès de la prédication galiléenne et qu'il ne devient pas public avant les derniers jours du Sauveur ^, lorsqu'il entre dans la ville sainte, pour la tentative suprême où il devait trouver la mort. Il ne s'ensuit pas que Jésus n'ait pas eu conscience de sa vocation messianique avant la confession de Pierre, mais il est évident que la forme spéciale de son rôle s'est précisée pour lui-même en ce temps-là ; que l'idée du royaume était auparavant dominante dans son esprit ; que ses disciples s'étaient d'abord attachés à lui comme à un docteur inspiré, à un prophète, sans avoir l'idée ni surtout la conviction nette qu'il était le Messie ; que Jean-Baptiste a été amené par la renommée de Jésus à se demander ce que quelques-uns pressentaient, ce que nul

1. Ex. xn, 6. Pour plus de détails, voir le commentaire de Jean, xix, 14, 31.

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