Marc, xi, 9-10 ; Matth. xxi, 9 ; Luc, xix
ne savait encore, c'est-à-dire si Jésus ne serait pas le Christ ^ ; que le Sauveur ne s'est dit Messie et n'a parlé de se rendre à Jérusalem qu'après l'expérience de son ministère en Galilée ; dès lors il fait de sa mission personnelle l'objet des instructions qu'il donne à ses disciples, jusqu'à ce qu'il aille, selon la loi de sa vocation, se proposer dans Jérusalem au peuple juif comme l'envoyé de Dieu.
Il en va tout autrement dans le quatrième Évangile. Outre que l'idée même du Messie est considérablement modifiée, Jésus s'annonce, dès le début, comme le Christ promis ; dès avant qu'il paraisse, Jean-Baptiste lui rend témoignage, alléguant sa préexistence éternelle ^; puis, quand Jésus est venu, le Précurseur le salue Fils de Dieu et prédit sa passion ^ ; reconnu immédiatement comme Messie par les disciples qu'il recrute auprès de Jean Jésus ne tarde pas à paraître à Jérusalem, où il manifeste à la fois ses prétentions et sa puissance par la purification du temple ; il se définit lui-même, et Jean-Baptiste le définit comme celui qui vient d'en haut^; cette assertion, qui n'est pas autre chose que la doctrine théologique du Verbe incarné, se répète dans tout le livre, et les variantes qu'elle peut offrir ne marquent pas un progrès de la pensée du Christ ni une évolution de son enseignement, mais les différents aspects de l'incarnation et ses conséquences pour la glorification du Sauveur lui-même, au terme de sa carrière terrestre ; il semble que l'auteur ait voulu indiquer un certain progrès dans la foi des disciples ^ ; mais ce progrès, qui part de Jésus reconnu Christ par André, pour aboutir au Christ-Dieu dans la confession de Thomas, ne correspond pas à un développement de la doctrine qui est placée dans la bouche du Sauveur; il ne correspond pas non plus à la réalité de l'histoire en ce qui concerne les apôtres; la proclamation de la divinité du Christ est une formule johannique, qui fait pendant à la déclaration du prologue touchant le Verbe qui était Dieu ^.
Il est incontestable que l'esquisse de la carrière du Sauveur, dans les Synoptiques, offre des conditions de vraisemblance et des garanties de certitude qu'elle n'a pas dans le quatrième Evangile. Dans les Synoptiques, il y a le mouvement réel et vivant d'une activité enseignante ; dans le quatrième Évangile, il n'y a que l'explication d'une thèse. Et cette conclusion est de toute évidence lorsqu'on regarde de