B. Weiss
7. Mahc, V, 48; Luc, vu, 14. On aurait tort de traduire, dans ces passages, eYêtps, £Y£pOr]Tt, par « ressuscite ». Jésus parle aux trois morts comme s'ils dormaient.
LAZARE
veli, les membres liés, la téte couverte d'un suaire, comme sera Jésus dans le tombeau. Mais Jésus s'est délié lui-même, tandis qu'il faudra délier Lazare. Et les commentateurs de se dire que Lazare a dû marcher pour arriver jusqu'à l'ouverture du sépulcre et se montrer à l'assistance? Gomment l'a-t-il pu faire, s'il avait les pieds liés? Les anciens voyaient volontiers dans cette circonstance un second miracle qui venait s'ajouter à celui de la résurrection. Plusieurs modernes ^ pensent que les ligatures étaient assez lâches pour permettre à Lazare de faire quelques pas, et ils oublient de dire comment le ressuscité, ayant la tête couverte d'un suaire, a pu gouverner sa démarche. La conception du récit est beaucoup plus simple : la même parole toute-puissante du Christ ressuscite Lazare et l'amène dans son attirail de momie au seuil du sépulcre; il n'a pas eu besoin pour cela de faire un pas^ et il n'aurait pas pu en faire ; le miracle est unique, mais il est, si l'on peut dire, miraculeux jusqu'au bout.
Lazare vivant a donc le corps entouré de bandes qui lui serrent bras et jambes, et sa tête est pareillement cachée sous un linge étroitement ajusté. On ne peut le laisser dans cet état; il faut qu'on le rende à la liberté des vivants. C'est pourquoi Jésus dit : « Déliezle et laissez-le aller. » L'ordre s'adresse aux assistants; il est sousentendu qu'on l'exécute ; mais l'évangéliste ne le dit pas, et il s'abstient de faire intervenir expressément les Juifs dans cette affaire ; l'ordre n'est donc pas donné pour les convaincre de la réalité du fait, suffisamment attestée par l'apparition du mort-vivant. Le récit, comme beaucoup d'autres scènes analogues du quatrième Evangile, n'a pas de conclusion. La plupart des commentateurs ont soin d'en tirer une de leur propre fonds : Jésus dirait qu'on laisse aller Lazare, pour le soustraire à la curiosité importune des assistants, en le renvoyant tout de suite chez lui ~ ; ou bien parce que Lazare était assez fort pour marcher seul, mais avait besoin qu'on lui épargnât toute émotion ; ou pour lui permettre de remercier Dieu tranquillement de son retour à la vie ^. Ces compléments sont étrangers ou contraires à l'esprit du récit. Lazare est bien ressuscité; sa santé ne serait pas compromise s'il restait une demi-heure avec ses amis ;