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LE QUATHIÈME ÉVANGILE
sa piété n'aurait pas été en défaut s'il eût pris le temps de saluer ses sœurs et Jésus lui-même, avant de méditer sur les bienfaits du ciel.
Si le récit demeure comme suspendu, c'est que l'auteur en a tiré tout ce qu'il voulait. En y ajoutant une conclusion proportionnée aux circonstances, il en aurait renfermé la sig-nification dans les limites du fait ; et l'absence même de conclusion invite le lecteur à s'élever au-dessus de la lettre, à chercher dans les vérités célestes le dernier mot qui semble manquer dans l'histoire. Qu'on laisse aller le ressuscité! Celui qui croit en Jésus a la vie éternelle ; il ne peut plus mourir, il vit en Dieu, il n'est plus de ce monde; il est sorti de ce tombeau pour n'y plus retourner ; il s'avance dans la lumière et la vie, vers Dieu, le ciel, la gloire de l'éternité. Et de même, l'humanité régénérée par le Christ ressuscite pour ne plus mourir; c'est la vraie Jérusalem de la terre, qui tend à se confondre et se confondra un jour avec la Jérusalem du ciel.
XI, 45. Alors, plusieurs des Juifs qui étaient venus chez Marie, et qui avaient vu ce qu'il avait fait, crurent en lui. 46. Et quelques-uns d'entre eux s'en allèrent trouver les pharisiens et leur dirent ce qu'avait fait Jésus.
La résurrection de Lazare est maintenant un fait accompli. Beaucoup de Juifs qui l'ont vue croient en Jésus. D'autres, dont l'endurcissement résiste à un si grand prodige, s'en vont en toute hâte prévenir les pharisiens de ce qui s'est passé ^ Jésus s'est montré vainqueur de la mort en ressuscitant Lazare : la perspective de sa propre mort peut être maintenant envisagée, et cette mort même être racontée; le maître de la vie ne fera que traverser la mort; une résurrection plus glorieuse, plus parfaite, plus réelle que celle de Lazare, couronnera la manifestation du Christ sur la terre et ramènera le Verbe fait chair dans son éternité.
1. A prendre à la rigueur le texte des éditions critiques (rroXXoî ojv ex twv 'louoaiojv, 01 sXOovtê; 7:pô; tr]v Mapiâij.), on pourrait croire que tous les Juifs présents au miracle se sont convertis ; d'autre part, ceux qui vont prévenir les pharisiens semblent avoir assisté au miracle, et il est bien difficile de les supposer croyants. On est obligé d'admettre (ju'une j)nrtie des assistants n'a pas cru, ce qui revient à la leçon du ms. 1) : l'ov èXOovTtov, et à la glose de Ss. : « Et beaucoup de Juifs qui étaient venus à Jésus à cause de Marie, crurent dès lors en Jésus ; et il y en eut quol((ues-uns qui ne crurent pas, mnis qui s'en allèrent trouver les })liarisiens, »
LAZARE
Les critiques qui se refusent à voir dans la résurrection de Lazare un fait d'histoire en expliquent aisément l'omission dans les Synoptiques : la tradition primitive n'a pu connaître l'allégorie conçue par l'auteur du quatrième Evang-ile. Il faut bien avouer que la situation des exégètes qui défendent Thistoricité du récit est moins avantageuse, et qu'ils n'arrivent pas à une solution satisfaisante de la difficulté. On a supposé que la tradition apostolique avait gardé le silence sur la résurrection de Lazare, afin d'empêcher les Juifs de faire un mauvais parti au ressuscité ^ : mais les Juifs de Jérusalem n'auraient pas eu besoin de la tradition apostolique pour connaître le fait, et le silence des évangélistes, écrivant hors de Palestine, longtemps après l'événement, n'a aucune raison d'être. On a dit aussi que la tradition synoptique était bien informée en ce qui concerne les événements galiléens et la dernière semaine de Jésus, non pour ce qui regarde les faits hiérosolymitains, spécialement ceux qui sont compris entre le dernier séjour en Galilée et le dernier séjour à Jérusalem : hypothèse aussi ruineuse que la précédente, attendu que les apôtres, témoins des faits galiléens et source de la tradition évangélique, sont supposés accompagner leur Maître depuis la fête des Tabernacles et la guérison de l'aveugle-né jusqu'à l'arrestation de Jésus dans le jardin au delà du Gédron ; on ne saurait donc soutenir que la tradition apostolique a pu ignorer la résurrection de Lazare, si cette résurrection s'est accomplie dans les conditions que décrit l'Evangile johannique. On s'est rejeté enfin sur le plan de la tradition synoptique et des trois premiers Evangiles, qui aurait, dit-on, exclu tous les faits hiérosolymitains, sauf ceux de la dernière semaine : conjecture plus chétive encore que les deux autres, car elle n'est qu'un artifice pour déguiser en explication la difficulté même; il s'agit, en effet, desavoir pourquoi le cadre synoptique, où se sont résumés les souvenirs de la génération contemporaine du Christ, a pu ne pas englober ces faits hiérosolymitains, dont le quatrième Evangile nous dit que les apôtres ont été témoins, surtout la résurrection de Lazare, qui serait le plus grand miracle de Jésus et la cause déterminante de la passion.