Voir supr. p
3. Marc, xiv, 5. Mais trois cents font un nombre parfait, en rapport avec le sacrifice d'agréable odeur qu'est la mort du Christ, et avec tous les biens qui en résultent.
A. Loisv. — Le quatrième Évangile. 43
s'appropriait l'argent qu'on y mettait K II n'aurait été qu'avare et non voleur s'il n'avait pas détourné l'argent.
L'auteur n'avait pas prévu l'embarras où il mettrait les exégètes qui se demandent pourquoi Jésus a laissé la bourse aux mains d'un voleur : choisi pour ses aptitudes, Judas aurait été gardé par miséricorde, dans l'espoir qu'il serait touché de la confiance à lui témoignée, ou bien parce que cela importait aux desseins de Dieu ^. Judas n'a jamais été qu'un enfant du diable et même un diable une sorte d'incarnation du démon auprès du Verbe incarné. Tel est son rôle providentiel, et il n'y a pas lieu de chercher dans notre Evangile une analyse psychologique ni une explication historique des sentiments de Jésus pour Judas et de Judas pour Jésus. Ce qu'il iniporte bien plus de noter, c'est que cette imputation de vol remplace l'histoire de la trahison pour argent dans les Synoptiques. Ce marché odieux n'est pas mentionné par Jean : il lui répugnait de dire que le Christ avait été vendu ; quand l'heure sera venue pour Jésus de se laisser prendre, Satan ira indiquer aux prêtres, par la bouche de Judas, l'endroit où on pourra le saisir, et il n'y aura aucun débat entre les prêtres juifs et le traître. Si celui-ci est qualifié de voleur, ce n'est pas pour expliquer la dénonciation qui suivra, mais pour donner une idée du personnage et utiliser en cette forme un trait de narration synoptique dont on ne voulait pas tirer parti autrement.
La réponse de Jésus à la remarque de Judas est à peu près la même que dans les premiers Evangiles : « Laisse-la, afin qu'elle le garde », ou « qu'elle l'ait gardé pour le jour de ma sépulture ^ ». Mais, transposé dans un autre contexte et modifié pour contenir un
1. V. 6. xXîTCTr); r]v xal tÔ yXoDoaoxojj-ov ïyo^v xà (îaXXo[j.£va âCajTaÇev. Ce dernier mot doit signifier ici, a emporter, dérober » (Holtzmann, 163), et non simplement (( porter » (cf. xx, 15 et 2). Il serait assez inutile de dire que Judas, ayant la bourse, portait l'argent; il ne l'est pas d'expliquer comment il volait. Le v. 6 est abrégé dans Ss. : « Or Judas n'avait pas souci des pauvres, mais c'est qu'il était voleur et qu'il avait la bourse des pauvres. )>