‹ Le quatrième évangileChapitre 579 sur 857 · VI, 70-71. Supr. pp · texte numérisé non relu

VI, 70-71. Supr. pp

4. V. 7. açeç pcùrrjv, î'va stç ttjv 7][j.épav tou £VTa(piaa[j.ou [xou TTipr|a7) auto. La leçon de la Vulgate clémentine : <( Sinite eam », est influencée par les Synoptiques et n'est pas criLiquement autorisée. Le texte reçu omet i'vaetlit TSTTfpr^xsv, au lieu de TrjprjaT] ; mais cette leçon, (jui est celle de Ss., paraît également conçue pour l'accord avec Marc et Matthieu. La traduction de tva... xr]prjari : « pour qu'elle Tait

l'onction

sens symbolique, le discours est devenu moins clair. Dans les deux premiers Evangiles, Faction de la femme est présentée comme prophétique; le parfum est répandu, comme par avance, sur la tête de Jésus, qui va bientôt mourir. Dans notre récit, le parfum n'a pas été répandu tout entier, ou bien il est censé subsister, bien que répandu. Marie n'a pas brisé le vase qui contient le parfum. Ce nard qui embaume la maison doit remplir bientôt le monde de sa suave odeur; FEvangile, à partir de l'ensevelissement du Christ, se répandra par toute la terre. Qu'on laisse donc Marie en paix ^, afin qu'elle garde ce parfum, qui n'est pas à vendre, pour le jour où il conviendra de l'employer, le jour où la bonne nouvelle du Christ ressuscité réjouira l'univers. L'idée synoptique de l'honneur rendu, par anticipation de sépulture, subsiste au fond du discours : le parfum, en tant qu'il a été répandu, Fa bien été en vue de la mort et de l'ensevelissement ; mais ce parfum est comme vivant et inépuisable; en tant qu'il subsiste pour une lin supérieure, en tant que symbole, il doit être gardé pour le jour de la sépulture, le jour de sa grande diffusion, dont l'odeur présente n'est que la figure. Les dernières paroles de Jésus : « Vous aurez toujours des pauvres », etc. sont prises textuellement de Matthieu ou de Marc ; mais elles servent moins ici à justifier l'action de la femme que le culte rendu au Christ ~.

XII, 9. Or un grand nombre de Juifs surent qu'il était là, et ils vinrent, non pour Jésus seulement, mais afin de voir Lazare^ qu'il avait ressuscité des morts. 10. Et les chefs des prêtres résolurent de faire mourir aussi Lazare, 11. parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient et croyaient en Jésus.

Cependant les Juifs qui étaient à Jérusalem surent que Jésus se

gardé » (B. Weiss, 430) est possible, mais n'autorise aucunement à identifier « le jour de sépulture» au jour présent. On ne doit pas traduire : « pour qu'elle observe cela », qu'elle rende cet honneur (Schanz, 431). Il s'agit de parfum à garder pour l'avenir, et le souci de rejoindre les Synoptiques est ici, comme dans le cas précédent, une source d'erreur.

1. « Laisse-la » peut signifier « laisse-la tranquille », ou <( laisse-la faire »; mais ce dernier sens n'équivaut pas à : « laisse-la continuer » (Schanz, loc. cif .). Que Marie soit libre de faire ce qui lui plaît, « afin qu'elle garde », etc.

2. HoLTZMANN, 163. Lc V. 8 manque dans Ss. et D ; il pourrait bien n'être pas primitif chez Jean.

trouvait à Béthanie. Inutile de chercher comment ils ont pu être prévenus, et de faire intervenir la troupe de pèlerins dont Jésus se serait séparé le vendredi soir^ Ces Juifs ne sont pas ceux qui ont assisté à la résurrection de Lazare et qui ont eu depuis plus d'une occasion de le voir, mais plutôt une partie de ceux qui, plus haut 2, se demandaient si Jésus viendrait à la fête. Ils se rendent en assez grand nombre à Béthanie, non seulement pour voir Jésus, mais aussi pour voir Lazare le ressuscité. On ne dit pas quand ils sont venus; mais comme l'entrée à Jérusalem a lieu « le lendemain-^ », et que ce lendemain ne peut guère être que le cinquième jour avant la Pâque, leur démarche serait à placer le samedi soir. Ou bien l'auteur ne pense pas au sabbat, ou bien il fait voyager les Juifs après la clôture du sabbat. Ce n'est peut-être pas sans intention qu'il reste dans le vague, la suite de la notice ayant un caractère général qui ne permet guère d'enfermer en quelques heures les faits qui y sont indiqués.

Les chefs des prêtres voient que beaucoup de Juifs « s'en vont )> à cause de Lazare et croient en Jésus, et ils décident défaire mourir aussi Lazare. Cette décision du sanhédrin est en dehors de toute chronologie, car les Juifs qui « s'en vont » ne font pas une simple promenade de Jérusalem à Béthanie, mais ils passent du judaïsme à la foi en Jésus, c'est-à-dire au christianisme ; ce sont ceux qui rejoignent le Christ dans son Eglise, dans le Lazare, l'humanité croyante et sanctifiée. Le décret du sanhédrin contre Lazare est la haine mortelle du judaïsme contre l'Eglise naissante, le parti pris d'arrêter les défections parmi les Juifs en ruinant l'Evangile. Ainsi le symbolisme écarte l'invraisemblance et l'impossibilité historiques. Que les commentateurs ne se mettent pas l'esprit à la torture pour se figurer les conditions dans lesquelles ont pu se produire, entre le repas de l'onction et l'entrée du Christ à Jérusalem le pèlerinage d'une « foule nombreuse » de Juifs à Béthanie, la conversion de beaucoup de Juifs à cause de Lazare, et l'arrêt de mort lancé par le sanhédrin contre ce dernier. Lazare, les Juifs et l'arrêt appartiennent à l'histoire du christianisme, non à celle de Jésus.

Page 1