L'ENTRÉE A JÉRUSALEM ET LE TRIOMPHE A VENIR
(Jean, xii, 12-36)
Le quatrième Évangile diffère des Synoptiques pour la date et plusieurs autres circonstances de ce fait; il est aussi presque en contradiction avec lui-même, une entrée triomphale de Jésus à Jérusalem étant peu concevable après ce qui s'est passé à la fête des Tabernacles et à la Dédicace. Le Christ ayant rompu avec le peuple juif, on ne voit pas la raison historique de cette démarche solennelle. Aussi bien n'est-ce pas du côté de l'histoire qu'il faut chercher la clef de ces difficultés. Tout porte à croire que les Synoptiques ont mis l'entrée à Jérusalem là où elle doit être, plusieurs jours avant le repas de l'onction ; leur récit est conforme à la réalité lorsqu'ils montrent le Sauveur arrivant de Jéricho avec la troupe des pèlerins galiléens, et recevant d'eux l'ovation que le quatrième Evangile lui fait rendre par les Juifs de Jérusalem et les pèlerins qui l'avaient précédé dans la ville sainte. Mais comme l'onction figure la sépulture de Jésus, et l'entrée à Jérusalem le triomphe du Christ et de l'Evangile, on voit le motif de la transposition, et pourquoi l'onction a lieu le samedi d'avant le samedi du sépulcre, l'entrée à Jérusalem le dimanche d'avant la résurrection. Le miracle de Lazare fournit une explication apparente à l'enthousiasme des Juifs, tous incrédules et réprouvés auparavant. Cette explication figurée s'accorde au mieux avec ce triomphe symbolique. L'arrivée des païens qui demandent à voir Jésus achèvera de montrer comment la résurrection de Lazare et la glorification passagère du Christ préludent au succès universel de la prédication chrétienne,
XII, 12. Le lendemain, une grande foule (de gens) qui étaient venus à la fête, apprenant que Jésus se rendait à Jérusalem, 13 prirent les branches des palmiers et sortirent à sa rencontre ; et ils criaient : « Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, et (qui est) le roi dTsraël! » 14. Et Jésus, ayant trouvé un ânon, monta dessus, selon qu'ii
est écrit : 15. <( Ne crains pas, fille de Sion, voici ton roi qui vient, monté sur le poulain d'une ânesse. » 16. Ses disciples ne comprirent pas cela d'abord; mais quand Jésus eut été glorifié, alors ils se souvinrent que cela était écrit de lui, et qu'ils le lui avaient fait. 17. La foule qui était avec lui lorsqu'il avait appelé Lazare hors du tombeau et l'avait ressuscité des morts, lui rendait témoignage. 18. C'est pour cela que la multitude vint à sa rencontre, parce qu'on apprit qu'il avait fait ce miracle. 19. Cependant les pharisiens se disaient entre eux : « Vous voyez que vous ne gagnez rien; voilà que tout le monde court après lui. »
La scène du triomphe est à peine esquissée par l'évangéliste, non qu'il se réfère implicitement aux Synoptiques mais plutôt parce qu'il néglige tous les détails qui auraient une valeur purement historique et non symbolique. Un grand nombre de gens, qui étaient à Jérusalem pour la fête, « apprennent que Jésus vient ». Ils ne sont pas seulement avertis que Jésus viendra pour la Pâque, mais qu'il est, ce jour-là même, en chemin, qu'il a quitté Béthanie et qu'il marche vers la cité sainte Si le langage du quatrième Evangile manque de précision, c'est qu'il s'applique, ici comme ailleurs, à deux objets, flottant, pour ainsi dire, entre le symbole et la réalité, tenant compte des données synoptiques et les faisant entrer bon gré mal gré dans un nouveau cadre déterminé dans la forme et très vague dans le fond. Il est sous-entendu que Jésus s'est mis en route avant ceux qui viennent à sa rencontre, et, par conséquent, on ne peut pas dire que l'initiative de la manifestation qui va se produire appartienne tout entière à la foule. Prévenus que Jésus arrive, les pèlerins se portent en masse au-devant de lui, avec des branches de palmier.
Des commentateurs trop curieux se demandent où ces branches ont été prises, et ils se rassurent en pensant que probablement les palmes étaient préparées d'avance^. Mais par qui et pourquoi? Dans les Synoptiques, la foule qui accompagne le Christ se contente de prendre des branches aux arbres qui se trouvent le long
L Marc, xi, 1-11 ; Matth. xxi, 1-11 ; Luc, xix, 29-44.
2. Ss. : « Et le lendemain, il se mit en route et vint au mont des Oliviers, et la foule nombreuse r, etc. Lacune du récit johannique comblée par un emprunt aux Synoptiques.