Ap. SciiANz
LES JUIFS ET LE CHRIST
immédiat du fait, que Dieu aurait simplement permis. Un critique parfois trop enclin à retrouver les conceptions de la gnose dans le quatrième Evangile, a repris de nos jours l'opinion -de saint Cyrille. On peut alléguer en sa faveur la première Kpître johannique 2, et l'omission du nom du démon n'est pas inexplicable. Le diable est un sujet assez connu dans le livre pour qu'on puisse le suppléer facilement, si le texte exprime une action qui ne convienne qu'à lui ; il n'était guère possible d'introduire son nom dans un passage biblique fort célèbre, et où tout le monde savait bien qu'il n'était pas ; enfin l'auteur ne hait point un certain mystère dans ses allégations prophétiques, et l'on pourrait trouver sans peine telle autre citation où le sujet n'est guère plus aisé à déterminer que dans le cas présent Causé par Dieu ou par le diable, l'aveuglement des Juifs n'est pas involontaire, mais l'auteur ne s'inquiète pas de la liberté humaine. Isaïe a tout prédit : le fait de l'aveuglement et son origine. Si donc le ministère de Jésus n'a pas réussi auprès des Juifs, c'est que la chose était ainsi réglée par la Providence. Comme il veut donner une explication théologique, non historique, on ne doit pas reprocher à l'évangéliste d'avoir proposé un mystère en guise d'éclaircissement.
Après avoir essayé d'expliquer l'inexplicable, il dit comment Isaïe a été si bien instruit de ce qui devait arriver. Le prophète parle au nom du Messie, touchant l'avenir qui attend l'envoyé de Dieu, « parce qu'il a vu sa gloire ^ ». La leçon (( parce que » semble préférable à la leçon « quand », quoique le sens ne diffère pas beaucoup pour le fond. Ce n'est pas précisément quand Isaïe a vu le Christ qu'il a parlé, c'est parce qu'il Fa vu : Jean paraît vouloir rendre compte de la prophétie, non en marquer la date. Il convient néanmoins d'observer que la dernière citation, qui est ce qu'Isaïe « a dit », vient, dans l'original, après le passage auquel on fait ici allusion, et cette circonstance aide au moins à comprendre la variante, si elle ne la justifie pas. On ne peut guère douter que la vision du Verbe-Christ par Isaïe ne soit la vision de lahvé- Sebaoth avec les séraphins. Isaïe n'a pas vu Dieu, il a vu son
1. HiLGENFELD, Eùileitung in d. N. T., 711, 725; ap. Holtzmann, 169.