‹ Le quatrième évangileChapitre 628 sur 857 · Bengel, ap. B. Weiss · texte numérisé non relu

Bengel, ap. B. Weiss

Toujours est-il que ce disciple était « couché dans le sein de Jésus ». Pour comprendre la portée littérale de cette expression, il faut se représenter les convives étendus sur un divan, suivant la coutume antique, appuyés sur le bras gauche, se servant de la droite pour manger, la tête du second convive se trouvant à la hauteur de la ceinture du premier, devant lui, et ainsi de suite. Quand le second voulait parler au premier, il était obligé de se retourner en se penchant vers la poitrine de son voisin, et c'est dans cette attitude que l'on va nous montrer le disciple bien-aimé parlant à Jésus. La place du disciple ne marque pas seulement l'amitié particulière que le Sauveur lui porte, mais sa participation plus complète à tous les biens spirituels qui doivent se répandre du sein de Jésus sur l'humanité ^. Le même disciple sera encore tout près de la croix lorsque le Christ (( rendra l'esprit » et que sortira de son côté le jet symbolique d'eau et de sang ^. Pierre a recours à lui pour savoir qui est le traître : un rapport analogue existe entre les deux disciples toutes les fois que l'auteur les met en scène ^. Le disciple bien-aimé entre plus avant que Pierre dans la confiance de Jésus ; il est mieux instruit des secrets du Maître, et c'est par lui que Pierre arrive à les connaître. Il faut entendre par là que la doctrine johannique l'emporte en quelque façon sur la tradition proprement apostolique et qu'elle l'a enrichie. Peut-être est-ce avec intention qu'on ne marque pas la place de Pierre ; comme chef des apôtres, il aurait dû avoir celle qui est prise par le disciple bien-aimé ; l'évangéliste n'ose pas lui assigner une place inférieure. Pierre ne peut pas être à gauche de Jésus ^, car on ne peut supposer qu'il communique avec le disciple bien-aimé par-dessus la tête du Sauveur ; il serait plutôt à droite du disciple, dans la même position par rapport à lui que le disciple par rapport à Jésus ; si on le suppose éloigné, de l'autre côté de la table ^, il ne pourra faire signe au disciple ni lui parler sans être vu

1. Cf. VII, 38. La répétition de xiii, 25 (àvaTrecjwv èxsivoç ourto: ItuI xô ar^ôo; xou 'Iri^ou) appelle l'attention sur ce symbolisme. Cf. ce qui est dit du Fils, i, 18, 6 (3iveî; tÔv xoXtîov tou Traxpoç (J. Réville, supr. cit. p. 127.) Le mot ouxoj;, au v. 25, doit être expliqué comme dans iv, 6 ; supr. p. 344.

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