‹ Le quatrième évangileChapitre 631 sur 857 · I Cor. v, 5 (I Tim. i · texte numérisé non relu

I Cor. v, 5 (I Tim. i

LE TRAITRE

bouchée qui, si Ton tient compte du procédé allégorique usité d'un bout à l'autre du quatrième Evangile, ne peut pas être un aliment quelconque? N'est-ce pas pour ce motif que la donnée synoptique 1 sur « celui qui met la main au plat avec » Jésus est transformée de telle sorte que Jésus seul met la main au plat, et que Judas ne fait plus que prendre ce que Jésus lui offre?

Admettons que, pour le sens extérieur et matériel du récit, « le morceau » est le pain trempé que Jésus tend à Judas, et que l'entrée du diable dans le traître vient « après le morceau », sans qu'il j ait d'autre rapport entre les deux que cette succession, le commentateur n'en est pas moins autorisé à chercher un sens plus profond, qui est insinué par la manière étrange dont on propose le premier. Le mot caractéristique dont on se sert - est resté dans l'usage de l'Eglise orientale pour désigner le fragment de pain eucharistique trempé dans le vin pour la communion. Peu importe que le rite soit moins ancien que l'Evangile 3, un lien doit exister entre l'un et l'autre, et le « pain trempé » représente ce que l'on appellerait, dans le style de la théologie scolastique, une communion sous les deux espèces. Il était impossible, sans introduire dans ce passage le récit de Tinstitution eucharistique, de faire présenter le calice à Judas. Jean s'est inspiré du troisième Evangile et de saint Paul. Luc dit que Satan était entré dans Judas Iscariote, et il raconte ensuite la dernière cène, en mettant la dénonciation du traître après l'institution de l'eucharistie ^. Aucune de ces données n'a été perdue pour notre auteur; il a seulement transposé l'entrée de Satan, par application de ce qui est dit, dans la première Epître aux Corinthiens, sur le profanateur de l'eucharistie, qui mange et boit sa condamnation ^. Judas est le type des faux frères qui violent la charité, profanent le sacrement, tombent aux mains de Satan et deviennent l'instrument providentiel de la persécution et du martyre pour les vrais fidèles^*. Cette interprétation ne suppose aucunement une conception magique de l'eucharistie, qui ne serait pas celle de Jean ^, attendu que la

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