‹ Le quatrième évangileChapitre 632 sur 857 · HOLTZMANN · texte numérisé non relu

HOLTZMANN

venue du diable en Judas est causée par Tindignité de celui-ci et n'est pas un effet direct de la communion. Il ne faut pas dire cependant que Judas est livré à Satan par le seul fait que Jésus l'abandonne à lui-même ^ : c'est par un jugement divin, résultant de la communion indigne, que Judas est abandonné à Satan. La possession de Judas par le démon doit s'entendre au sens moral, mais elle est à concevoir comme aussi rigoureuse et absolue que la possession physique, sinon davantage.

Il est très remarquable que le Christ lui-même envoie Judas k son œuvre de trahison. Beaucoup de commentateurs s'efforcent d'atténuer la signification de cet ordre, en y voyant simplement un désir d'être débarrassé d'une présence odieuse -, ou une permission donnée 3, ou bien une menace à Satan ^, ou un appel à la conscience de Judas ^, ou une sorte de mise en demeure, d'invitation à prendre parti ^. Le commandement est formel ^. Les théologiens peuvent l'interpréter comme une permission. En tant que donnée d'apparence historique, c'est une manifestation expresse de la volonté du Christ, destinée, dans l'esprit de l'évangéliste, à montrer que le diable, et Judas, et les Juifs auraient été impuissants contre Jésus s'il n'eût consenti lui-même à sa mort, s'il n'eût présidé à l'accomplissement des desseins providentiels, s'il n'eût pris, pour ainsi dire, l'initiative de ce qu'on devait faire contre lui. Judas n'aurait pas bougé, si le Christ n'avait pas voulu qu'il marchât. On verra de même que Jésus n'aurait pas était pris s'il ne s'était volontairement livré à ceux qui venaient l'arrêter. Ces traits ne sont pas à expliquer par l'histoire, ni à interpréter psychologiquement, ni à justifier théologiquement comme s'ils étaient réels. Ce sont déjà des symboles théologiques, l'expression sensible, un peu hardie et déconcertante, de la liberté avec laquelle Jésus accomplit son sacrifice. L'ordre est équivoque avec intention, pour que Judas seul comprenne, et que les autres disciples ne se doutent de rien. On dirait qu'il s'agit d'une commis-

d . SCHANZ, 465.

Page 1