III
A. LoisY. — Le quatrième Évangile.
au-dessus de Jean ; la conception dogmatique et allégorique, par laquelle le rapport du judaïsme au christianisme est figuré dans la situation de Jean à Tégard de Jésus.
L'expulsion des vendeurs du temple est rapportée au premier voyage de Jésus à Jérusalem, parce que c'était, dans la relation synoptique, le premier acte accompli parle Sauveur dans la ville sainte, mais aussi parce que l'auteur voyait, dans ce premier acte, l'accomplissement d'une prophétie, et que la durée à venir du ministère évangélique, s'additionnant, aux années de la construction du temple ^, lui fournissait, un chilîre symbolique de la manifestation terrestre du Verbe divin : derrière le temple qui représente l'établissement judaïque, on entrevoit le Christ et l'Kglise. Les données^ prophétiques ou autres, de l'Ancien Testament sont censées regarder l'incarnation du Verbe et la fondation du christianisme, si bien que, sous le fait synoptique modifié volontairement, on devine la prophétie et la typologie de l'Ecriture ancienne, le mystère de l'incarnation et celui des deux alliances. L'histoire de la Samaritaine, qui est bien plutôt celle des rapports de Jésus avec les Samaritains, tend à montrer le Messie dans son caractère de Sauveur universel ^; ici les conversions samaritaines que raconte le livre des Actes ^ interviennent entre la perspective apparente et le sens profond du récit, qui, pour ce qui est de ses origines littéraires et de son point de départ traditionnel, dépend à la fois du troisième Evangile et des Actes, et qui, dans la forme que lui a donnée l'auteur, figure l'abolition des cultes particuliers, y compris le culte juif, avec la conversion de l'humanité à la seule religion universelle, au culte en esprit.
La guérison du fils de l'officier royal procède des Synoptiques ^, mais elle est arrangée de façon à contenir une théorie de la foi et une figure de la conversion des Gentils : il ne faut pas réclamer, comme les Juifs, des miracles pour croire ; il faut croire, sans l'avoir vu dans sa manifestation historique, au grand miracle de salut qui s'est opéré par le Christ. Le moment précis de la guérison, la septième heure, semble indiquer, la plénitude des temps messianiques, l'heure de la rédemption, tandis que la sixième heure est celle de la peine et de la souffrance qui préparent le salut. Le nombre des miracles racontés dans l'Evangile est de sept; ce doit être avec intention que ce chiffre a été atteint, et qu'il n'a pas été dépassé ^.