Cf. III, 35; V, 20; x
5. Il ne s'agit pas en cet endroit de l'amour des disciples pour Jésus (Maldonat. etc.).
parce qu'il a fait sa volonté en toutes choses, dans la carrière qu'il vient de parcourir en ce monde ; de même, ses disciples resteront dans l'amour qu'il a pour eux et ne cesseront pas d'en recueillir les précieux avantages, s'ils sont dociles à ses préceptes Jésus leur dit cela, c'est-à-dire l'invitation à rester en lui, où se résume cette première partie du discours pour que sa joie, la joie qui est en lui, résultant de son union avec le Père, la joie que lui cause l'amour du Père pour lui, soit en eux, se communique à eux, et que leur joie arrive ainsi à sa plénitude, les disciples se sachant aimés du Fils, comme le Fils se sait aimé du Père.
XV. 12. « Voici mon commandement, (c'est) que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. 13. Nul ne peut avoir un amour plus grand que de donner sa vie pour ses amis. 14. Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. 15. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous ai dits amis, parce que', tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous Tai fait connaître. 16, Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai institués, pour que vous alliez et portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que mon Père vous donne tout ce que vous lui demanderez en mon nom. 17. Voilà ce que je vous commande, afin que vous vous aimiez les uns les autres. »
Les préceptes dont il vient d'être question, et que l'on doit observer si l'on veut rester dans l'amour de Jésus, se ramènent à un seul, celui de la charité fraternelle : que les fidèles de Jésus s'aiment les uns les autres comme Jésus les a aimés. Ainsi sera constituée la hiérarchie de l'amour, les disciples s'aimant comme leur Maître les a aimés, et leur Maître les aimant comme le Père l'a aimé lui-même. L'amour de Jésus pour les siens opère en eux cette charité réciproque et subsiste en eux par ce moyen. Aimer comme le Christ a aimé, c'est le mot de l'eucharistie, de la communion des fidèles dans le Christ. L'idée de la mort est associée à ce précepte d'amour, comme si l'évang-éliste, ayant toujours présent à l'esprit le synibole eucharistique, dont il ne veut pas entretenir directement son lecteur, voulait en faire valoir la substance et ne se lassait pas de le rappeler à la pensée de l'initié. Jésus prouve l'amour qu'il a pour les siens
1. XV, 1-10, et non seulement 0-10 (Schanz, B. Weiss), ces deux versets étant une conclusion pi éparée j)ar 1-8.
LA CHARITÉ
en donnant sa vie pour eux. Ses « amis », dans la perspective du discours, sont les disciples qui l'entendent; mais, dans la réalité, ces disciples représentent tous les croyants. Jésus les appelle ses amis pour les exhorter à lui être fidèles. Il les nomme ainsi, parce qu'il les a aimés le premier, qu'il les aime jusqu'à mourir pour eux, et qu'il leur communique les biens célestes qu'il tient du Père. Mais, pour mériter de leur côté ce titre qu'il leur attribue, ils doivent faire ce qu'il ordonne. En disant qu'il meurt pour ses amis, Jésus n'indique pas les motifs généraux de sa mort, mais il fait seulement entendre que les fidèles doivent reconnaître dans sa mort une preuve de son amour et en recueillir les fruits. Le point de vue n'est pas le même que dans l'Epître aux Romains '. La mort du Christ n'est pas considérée comme un principe de justification pour les pécheurs, parmi lesquels seraient compris les disciples ; mais le fruit en est déjà garanti aux fidèles par la charité, et signifié dans la communion eucharistique.
Un grand honneur s'attache au titre d'ami de Dieu que l'Ecriture donne à Abraham- et aux prophètes ^. Honneur et titre sont acquis aux disciples, qui sont visés plus directement, en tant qu'apôtres, dans le développement qui suit. Le nom de « serviteurs » qui leur a été attribué précédemment ^ par Jésus lui-même ne leur convient plus, car ils ne sont pas seulement chargés de ses ordres, mais confidents et dépositaires de sa pensée. Toutefois la réflexion sur le serviteur, a laquelle on fait allusion ici, est de nouveau appliquée aux disciples un peu plus loin parce que, si la qualité d'ami l'emporte sur celle de serviteur, elle ne l'exclut pas, et que le serviteur subsiste dans l'ami Mais les apôtres de Jésus n'ont jamais été avec lui dans le rapport de serviteur à maître : ce sont les chrétiens qui sont les serviteurs et les amis du Christ. Le serviteur qui n'est que serviteur ignore les intentions du maître, et il exécute des ordres dont il ne connaît pas la raison. En ce sens, les disciples ne sont pas serviteurs, bien qu'ils le soient d'une autre façon. Ils savent ce que ne savent pas les serviteurs du commun,