‹ Le quatrième évangileChapitre 67 sur 857 · XX · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

sance d'imag-ination de Févangéliste et à l'énergie de sa conviction, qui ne lui permettent pas de distinguer nettement, dans ses méditations religieuses, ridéal du réel, le symbole de son objet, la théorie de l'histoire. L'impression que le réalisme apparent de certains tableaux pourrait donner de leur historicité s'évanouit dès qu'on y regarde d'un peu plus près. Ainsi les paroles que le Christ ressuscité adresse à Marie de Magdala, aux apôtres, à Thomas, sont visiblement des énoncés de théologie johannique ; le cadre que l'évangéliste leur donne a été fait pour elles ; il est johannique aussi bien que leur théologie. Les récits du quatrième Evangile ont la vérité d'une peinture allégorique ; ils ont une sorte de réalité plastique ; mais cette vérité, cette réalité ne sont pas celles de l'histoire et de la narration historique.

Il semble donc que l'allégorie a été poussée, dans l'Évangile johannique, aussi loin que possible, de façon à ne rien laisser en dehors d'elle que l'on puisse dire étranger à sa loi. On a vu plus haut ^ comment le système chronologique tout entier rentre dans le symbolisme général du livre. La signification des indications géographiques est plus difficile à déterminer. Ces indications sont réelles, en ce sens que révangéliste n'imagine pas de localités fictives ; mais le choix de ces localités est gouverné, au moins dans certains cas, par des raisons mystiques : ainsi la piscine de Béthesda ^ dans l'histoire du paralytique, la fontaine de Siloé ^ dans celle de l'aveugle-né. Ailleurs le symbolisme d'un récit s'étend à l'endroit qui est censé en être le théâtre : d'un bout à l'autre de l'Evangile, Jérusalem est moins la ville en elle-même que le lieu providentiel de l'activité messianique et le lieu propre du judaïsme. Sychar figure directement le pays et le peuple de Samarie ; Cana et Capharnaûm représentent la Galilée. La localisation des tableaux symboliques participe plus ou moins au caractère allégorique de l'ensemble dont elle fait partie. Pour certaines indications, l'on peut douter si elles entrent simplement dans le symbolisme général, ou bien si elles ont été choisies en vue d'un symbolisme particulier : ainsi les deux Béthanies, Enon près de Salem, Cana, Ephrem, Gabbata. L'auteur a très bien pu ne pas exprimer le sens allégorique attaché par lui à tel ou tel nom, parce que ce sens était connu de ses premiers lecteurs, et que le livre n'a pu être destiné d'abord qu'à un petit groupe d'initiés. Certaines de ces indications peuvent d'ailleurs n'avoir pas d'autre raison que le souci de la couleur locale, tout comme certains traits narratifs servent tout simplement à sauver l'équilibre apparent des récits.

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