B. Wkiss, Î
LE PARACLET
voir avant tout la pensée de l'évangéliste. Or celui-ci ne pense pas à une quantité déterminée de vérités qui seraient révélées aux apôtres, et une fois pour toutes, à seule fin d'être écrites dans les livres inspirés, ou bien pour être en partie écrites, en partie gardées par une tradition infaillible. Que les choses dont Jésus s'abstient de parler maintenant ne constituent pas une révélation foncièrement distincte de celle que le Sauveur a faite par lui-même, c'est ce qui résulte de la forme donnée à la même idée dans le discours précédent ^, où il est dit que l'Esprit rappellera aux disciples ce que Jésus leur a enseig-né. La révélation de l'Esprit ne peut donc être qu'un rappel, une illustration et un développement de la révélation évang-élique. Les commentateurs - qui s'interdisent de marquer les points de doctrine qui sont dus à la révélation de l'Esprit, font donc preuve de sagesse, mais ce n'est point parce que cette détermination est pratiquement impossible, c'est parce que rien ne la justifie en principe.
Si on ne doit pas distinguer deux séries de vérités chrétiennes, on ne doit pas non plus marquer un terme à l'action de l'Esprit, comme si l'assistance du Paraclet ne concernait que les apôtres. Tant s'en faut que l'évangéliste le comprenne ainsi. Comme on l'a déjà observé, il se rend suffisamment compte de la différence qui existe entre sa théologie et l'enseignement historique du Christ, et ce qu'il dit de l'Esprit doit expliquer cette différence : la théologie johannique est une interprétation de l'Evangile primitif, suggérée et autorisée par l'Esprit de Jésus. Mais Jean ne prétend pas être le seul organe de l'Esprit ni le dernier. Si la révélation de l'Esprit n'est pas indépendante de l'Evangile, elle n'est pas davantage limitée à la génération apostolique. On va contre la pensée de l'auteur en supposant que l'Esprit ne fera pas en tout temps pour l'Eglise chrétienne ce qu'il a fait pour les apôtres. L'inspiration des écrits apostoliques, l'infaillibilité des apôtres et celle de l'Eglise sont les définitions théologiques de cette assistance, qui est, pour l'évangéliste, quelque chose d'infiniment plus concret et plus vivant que l'objet des définitions dont il s'agit.
L'Esprit de la vérité divine conduira les disciples de Jésus, selon leurs besoins personnels et le besoin des temps, dans tout le