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INTRODUCTION
de l'arrestation de Jésus. En divers endroits, l'évangéliste produit des assertions d'une précision étonnante, et qui n'en sont pas moins dénuées de valeur historique, pour donner à ses récits l'apparence de la chose vue : d'après lui, c'est Pierre qui a donné le coup d'épée ; c'est l'oreille droite de l'homme qui a été enlevée, et cet homme s'appelait de tel nom ; un de ses parents sera mentionné dans le récit du reniement ^ La première affirmation peut être en rapport avec l'idée que l'auteur veut donner de Pierre, type du messianisme judaïsant; les autres ne font que rehausser la couleur du tableau ; et le tout donne plus de relief à la parole de Jésus qui clôt cet épisode. Les entrées et sorties du disciple qui accompag-ne Pierre chez le grand prêtre ^ résultent de la combinaison adoptée pour que ce disciple mystérieux, probablement le bien-aimé, soit témoin de l'interrogatoire du Sauveur; afin qu^il ait libre entrée chez le grand prêtre, on le dit connu de celui-ci ; mais Pierre n'est pas dans ces conditions, et pourtant il faut qu'il entre pour le reniement ; le disciple sortira pour l'introduire. On peut d^'ailleurs reconnaître, au fond de cette manœuvre, l'antithèse discrète du disciple toujours fidèle et de l'apôtre sujet à défaillance. Le va-et-vient de Pilate entre Jésus et ses accusateurs ^ a un motif analogue : l'évangéliste veut faire dire à Pilate, par le Sauveur, certaines hautes vérités qui ne peuvent être énoncées devant les Juifs ; il trouve un prétexte pour retenir ceux-ci hors du prétoire, et il peut ainsi développer tout à son aise, dans des tableaux successifs, ce qu'il veut enseigner ou insinuer sur la royauté spirituelle du Christ et le crime d'Israël. Enfin le dédoublement de l'apparition du Sauveur aux apôtres n'a pas en soi de signification propre, mais il a été ménagé pour le bien de la démonstration et surtout de l'enseignement, afin de mener à sa perfection la leçon de la foi.
Le caractère allégorique du quatrième Évangile a été entièrement méconnu par Renan, et il l'est encore plus ou moins par beaucoup de critiques, pour ne rien dire des théologiens et des exégètes conservateurs. Renan prétendait, non sans raison, que l'allégoriste a toujours soin d'attirer l'attention sur les symboles qu'il propose au lecteur. Le principe est incontestable, mais la question est de savoir si l'évangéliste n'a pas dit tout ce qu'il fallait pour se faire entendre, sinon des hommes de nos jours, complètement étrangers à ses habitudes d'esprit, du moins des hommes de son temps et de son milieu particulier, de ses disciples qui connaissaient sa méthode et n'avaient pas besoin qu'on leur expliquât des choses qui sont devenues obscures pour nous. Ce n'est certes pas à propos de la