‹ Le quatrième évangileChapitre 70 sur 857 · XVIII, 28-29, 33, 38; xix · texte numérisé non relu

XVIII, 28-29, 33, 38; xix

résurrection de Lazare que Ton peut être autorisé à écrire que le quatrième Evangile n'est « nullement allégorique ^ ». L'évangéliste lui-même souligne l'allégorie et nous en met la clef en main, quand il fait dire à Jésus : « Je suis la résurrection et la vie. » Que faudrait-il de plus pour la rendre sensible, et comment aller plus loin sans détruire toute apparence d'histoire? L'allégorie n'est pas moins évidente dans les récits que dans les discours, et l'on se condamne à fausser la signification des premiers, en détruisant arbitrairement l'unité de l'Évangile, quand on veut limiter aux seconds l'emploi du symbolisme. On ne reprocherait pas non plus à l'évangéliste d'avoir exagéré les miracles qu'il trouvait racontés dans les Synoptiques, si l'on considérait qu'il n'a pas grossi les miracles à seule fin de les faire paraître plus extraordinaires, mais pour les rendre plus aptes à signifier la gloire et l'œuvre du Verbe incarné. On pourrait tout aussi bien lui reprocher d'avoir forcé le sens de certaines paroles des Synoptiques, pour les adapter à sa conception du Christ. Dans un cas comme dans l'autre, il n'a pas pensé faire autre chose que traduire et dégager la vérité spirituelle qui était contenue dans les documents de la tradition apostolique.

Jusqu'à la fin du dernier discours qu'il adresse à ses disciples, Jésus est censé parler en paraboles ^. L'évangéliste a cru se conformer par là au mode d'enseignement que le Sauveur a pratiqué dans les Synoptiques. Mais ce qu'il entend par le mot « parabole ^ « est tout autre chose que la véritable parabole dont les premiers Evangiles ont retenu les spécimens authentiques. La parabole, on l'a déjà dit, est une fable avec application religieuse et morale, qui a par elle-même un sens complet, en dehors de la leçon qui en est tirée, cette leçon se déduisant généralement de l'ensemble, et les éléments du récit ne figurant pas autre chose que ce qu'ils signifient. Ainsi, dans la parabole des Talents ^, l'homme riche ne représente pas Dieu, il n'y a entre les deux qu'une simple comparaison ; les talents sont une somme d'argent, et les serviteurs sont les domestiques de l'homme riche; la morale de l'histoire est que Dieu, dans son jugement sur les hommes, procédera d'une façon analogue au propriétaire des talents, rendant à chacun selon ses mérites. Toutefois il est certain que la tradition apostolique, à laquelle nous devons la conservation des paraboles, avait commencé de les interpréter comme des allégories et qu'elle en a modifié un certain nombre dans ce sens. On appliquait aux discours du Seigneur la méthode exégétique dont on usait pour traduire les anciennes prophéties, et l'on ne croyait pas pou-

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