‹ Le quatrième évangileChapitre 701 sur 857 · B. Weiss, S · texte numérisé non relu

B. Weiss, S

5. Pour échapper à l'objection des ariens, s. Augustin et plusieurs autres modifient arbitrairement le sens du passage, l'entendant comme s'il y avait : « Ilaec est vita aeterna, ut te et quem misisti, Jesum Christum, cognoscant solum verum Deum. »

LA PRIÈRE DU CHRIST

était Dieu ». Mais on sait déjà que, dans la conception du quatrième Evangile, le Père est Dieu absolument ^, de telle sorte que ces expressions : «. le Père » et « Dieu » sont tout à fait synonymes. Il n'en va pas de même pour le Fils. Le Fils est Dieu en tant qu'il est de Dieu et à Dieu de toute éternité, non seulement en tant que révélateur unique du seul vrai Dieu ^ ; car le Fils est déjà Dieu et révélateur en tant que Verbe. On peut dire que celui qui seul connaît et fait connaître Dieu doit être de même nature que lui ^, lui être consubstantiel. L'évang-éliste n'a pas fait ce raisonnement lég-itime ; pour rester dans les limites de sa pensée, il faut dire que le Père est Dieu simplement, et que le Fils, de nature divine, est Dieu par sa relation avec le Père.

On peut s'étonner aussi de rencontrer dans cette prière le nom de Jésus-Christ. Rien ne sert d'allég-uer que Jésus priant peut parler de lui-même à la troisième personne 5, puisque l'invraisemblance n'est pas dans l'emploi de la troisième personne, mais dans celui du nom traditionnel, que le Sauveur n'a jamais pu se donner à lui-même ; et l'on n'explique rien en disant que le Christ, ayant devant les yeux l'avenir de son Eglise, a pu joindre le nom de Messie à son nom personnel 6. La couleur locale serait gardée si on lisait : « Et le Christ que tu as envoyé ». Mais Jean s'est fait d'autant moins scrupule de mettre dans la bouche du Sauveur son nom ecclésiastique et chrétien, que le morceau a un caractère quasi liturgique, et que le passage même où se trouve le nom de Jésus-Christ à la forme d'une profession de foi ^, d'un symbole rudimentaire comme il s'en trouve dans d'autres endroits du Nouveau Testament ^. On remarquera même que celui-ci, quant à la lettre, n'a rien de spécifiquement johannique et qu'il résume la croyance chrétienne primitive, dans son opposition au paganisme, par la foi en un seul Dieu, et au judaïsme, par la foi en Jésus, Messie envoyé de Dieu 9.

Page 1