B. Weiss, 570; IIoltzmann
CHEZ LE GRAND-PRÊTRE. LE RENIEMENT DE PIERRE
l'origine de la recension vulgaire, et rien n'accuse l'arbitraire où la retouche dans la version syriaque K Au contraire, le désordre du texte vulgaire n'est pas seulement apparent, il atteint le fond du récit. Une preuve matérielle de la transposition qui s'y est opérée subsiste dans la répétition de la formule : « Et Pierre était là et il se chauffait 2. » Il est tout à fait surprenant que tant de savants qui font métier de critiques, et qui ont étudié les procédés littéraires familiers à l'auteur du quatrième Évangile, ne s'en soient pas aperçus. C'est l'intercalation de l'interrogatoire au milieu du reniement qui a occasionné ou nécessité la répétition de cette formule ; et ce n'est pas l'auteur qui a ainsi embrouillé à plaisir les deux petits tableaux qu'il avait soigneusement préparés pour se correspondre. Gomment le désordre qui règne dans le texte ordinaire a-t-il pu se produire? L'hypothèse d'une confusion accidentelle, causée par la disposition matérielle du texte dans un manuscrit typique, à une époque très rapprochée des origines , paraît la plus vraisemblable ; mais elle n'exclut pas, pour la formation du texte actuel, le souci de la conciliation avec les Synoptiques.
Quand les disciples sont partis, quand Pierre a reçu la leçon qu'il mérite, la cohorte, le tribun et les satellites juifs mettent la main sur Jésus On remarquera que l'attaque de Pierre demeure impunie, qu'il peut suivre le cortège, entrer dans la cour du grand-prêtre et même être reconnu par un parent de celui dont il a coupé l'oreille, sans être inquiété. Le cas est tout autre dans les Synoptiques, où l'arrestation de Jésus se fait dans l'obscurité, où l'on ne sait qui a donné le coup d'épée, où Pierre a chance de n'être pas reconnu en. suivant de loin son Maître ^, après s'être d'abord enfui. Ici Pierre ne s'éloigne pas ; lui et l'autre disciple marchent avec Jésus et la
1. La répétition du mot « grand-prêtre », dans le v. 24 venant après le v. 13, au lieu de trahir « le correcteur » (J. Réville, 268), est très conforme aux habitudes du style johannique, et il y a ici une raison particulière d'accentuer la qualité de Caïphe. L'emploi du mot «azymes », au lieu de « pâque », au v. 28, est dans l'usage de Ss. partout où se rencontre le mot pâque (vi, 4 ; xii, 1 ; XIII, 1), et n'accuse aucun parti pris de conciliation avec les Synoptiques,
2. V. 18 : y]v i^è xai ô IleTpoç ji-ex' aùxtîiv saxto? /ai G£p[JLatvo(JLevo;. V. 25 : y)v 8È Stp-wv ne'xpo; éaxw; /.al Gôoaa'.vojjLsvo;. Inutile de montrer combien cette reprise est artificielle.
3. XIII, 12, contredit l'hypothèse de B. Weiss, 565, qui fait o[)érer l'arrestation par les satellites juifs, à l'exclusion du tribun et de la cohorte.