‹ Le quatrième évangileChapitre 736 sur 857 · B.Weiss, loc. cit. ; Knabenbauer · texte numérisé non relu

B.Weiss, loc. cit. ; Knabenbauer

CHEZ LE GRAND-PRÊTRE. LE RENIEMENT DE PIERRE

Une recommandation spéciale ne devait pas être nécessaire pour pénétrer dans la cour où se tenaient les satellites; mais l'auteur ne pouvait pas introduire Pierre avec Jésus et le disciple, la tradition historique ne lui permettant pas de faire de lui un témoin du procès,, quand même il en aurait eu le désir; il retient donc Pierre à la porte ; et, comme il faut bien que Pierre entre pour le triple reniement, le disciple viendra parler à la concierge pour qu'on le laisse passer; après quoi, le disciple disparaît. La combinaison n'est pas très heureuse au point de vue de la vraisemblance, car on ne voit pas pourquoi le disciple introduit Pierre dans la cour et le laisse là. Tout l'artifice résulte de ce que Jean a voulu faire assister un disciple à l'interrogatoire, et a dû écarter Pierre, sauf à le faire entrer plus tard, pour amener Taccomplissement de la parole de Jésus touchant le triple reniement.

Les difficultés du récit s'évanouissent dès que l'on cesse d'attribuer un caractère historique à des détails qui se rattachent aux fins didactiques et symboliques de l'auteur. Celui-ci ne voit plus dans le reniement qu'une prédiction accomplie ; la façon dont il le raconte tend à le présenter comme un argument de la prescience de Jésus ; une sorte de mécanisme providentiel occasionne l'événement, et la responsabilité de Pierre semble, au moins pour nous, diminuée d'autant. Il ne faudrait pas croire cependant, avec saint Jean Chrysostome ^, que le narrateur ait voulu excuser Pierre, qui, sans le disciple, ne serait pas entré chez Gaïphe et n'aurait pas même été tenté de renier son Maître.

Le grand-prêtre procède à l'interrogatoire de Jésus dès qu'on le lui a amené, c^est-à-dire avant le jour. Il n'est pas question du sanhédrin ni de délibération collective. L'interrogatoire que Marc et Matthieu - placent pendant la nuit, et la délibération qu'ils font tenir dès le matin sont réduites à une seule séance, et l'audition des témoins, qui tient une si grande place dans les Synoptiques est supprimée. Le grand-prêtre interroge simplement Jésus au sujet de ses disciples et de sa doctrine. Est-ce bien l'interrogatoire d'un prétendu Messie, ou celui d'un chef de secte, d'un docteur suspect d'hérésie? Il faut supposer, dit-on, que le grand-prêtre comptait sur

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