Même dans Luc, xxii
les réponses pour régler la direction du procès ou bien qu'il traitait Jésus en chef de société secrète, ayant une doctrine cachée à moins qu'il ne le soupçonnât d'intrig-ues politiques ^. Mais les . arrière-pensées de l'évangéliste importent plus que celles du grandprêtre et sont plus faciles à discerner. L'auteur du quatrième Evangile connaît le christianisme comme une secte religieuse, et il le conçoit comme une doctrine : voilà pourquoi il résume tout le procès dans la question de disciples et d'enseignement. On ne peut parler de société secrète que dans la mesure où le christianisme se présentait comme tel au regard des païens; il s'agit toujours d'une société religieuse, et le texte ne fait pas la moindre allusion à l'état politique de la Palestine sous le gouvernement de Pilate.
La réponse de Jésus n'a pas plus de prétentions à l'exactitude historique que la question de Caïphe, bien qu'elle imite certaines paroles du Sauveur dans les premiers Evangiles^ ; elle est telle qu il convient au Christ johannique. « J'ai parlé franchement au monde. J'ai toujours enseigné en synagogue et dans le temple, où tous les Juifs se réunissent, et je n'ai rien dit en secret ^. » Le Christ synoptique n'aurait pas ainsi parlé des lieux « où les Juifs se réunissent », mais le Christ johannique n'est pas israélite ; s'il a parlé aux Juifs, il s'adresse « au monde ». La suite du discours montre que ce n'est pas pour se défendre contre l'accusation de doctrine secrète qu'il allègue la sincérité et la publicité de son enseignement : c'est pour ne pas répondre au grand-prêtre. 11 n'y est pas tenu, et ce serait une formalité bien inutile, puisque tout le monde sait à quoi s'en tenir. « Pourquoi m'interroges-tu? Demande à mes auditeurs de quoi je leur ai parlé ; ils savent bien ce que j'ai dit. » Et les commentateurs d'observer que les instructions aux disciples, comme on en lit dans les Synoptiques, étaient privées, mais non secrètes 6. Apologétique superflue, puisque, dans le quatrième Evangile, Jésus parle toujours à la foule, et que le seul discours qui soit adressé aux disciples, le