J. Ré VILLE
4. Sauf qu'ils disent aùrou, au lieu de toù àvOpojTiou toutou. La nuance de mépris a disparu ; mais on peut douter que l'évangéliste ait eu l'intention de montrer les satellites plus respectueux que la servante.
CHEZ LE GRAND-PRÊTRE. LE RENIEMENT DE PIERRE
et le coq chante. Le tableau est complet avec ce dernier trait; la prédiction de Jésus est accomplie.
Il ne faut pas demander pourquoi le parent de Malchus accepte si facilement un démenti. Ce cousin sert, comme Malchus lui-même, à l'ornement d'un récit dont la pointe est ailleurs. Ce n'est pas non plus par antipathie contre Pierre que l'évangéliste ne parle pas de son repentir ; ce n'est point par sympathie pour lui qu'il réduit à sa plus simple expression la formule du reniement et qu'il ne dit rien des imprécations et serments que Marc et Matthieu ajoutent à la troisième négation ^ . Le récit contient ce qu'il faut pour montrer l'effet de la prophétie : peu importe ce que devient Pierre, et il s'ag"it moins de sa faute comme telle que du fait providentiel qui se réalise par lui. Et comme la faute s'évanouit, une réparation ne sera pas nécessaire : le récit du reniement ne réclame ni ne prépare la réhabilitation du chapitre xxi. Quant à concilier les détails du reniement, dans le quatrième Evangile, avec ceux que l'on trouve dans les Synoptiques, c'est, semble-t-il, une besogne impossible, mais qui est heureusement inutile, parce que les traits particuliers de la relation johannique n'appartiennent pas à l'histoire; ils servent à donner une forme plus dramatique à la réalisation d'une parole prophétique.
1, Marc, xiv, 71; Mattii. xxvi, 74.
LE CHRIST ET PILATE (Jean, xvui, 28-xix, 16)
XVIII. 28. Ils menèrent donc Jésus de (chez) Caïphe au prétoire. C'était le matin; et ils n'entrèrent pas dans le prétoire, afin de ne pas se souiller et de (pouvoir) manger la Pâque. 29. Pilate vint donc les trouver dehors et dit: « Quelle accusation portez-vous contre cet homme? » 30. Ils répondirent et lui dirent : « Si ce n'était pas un malfaiteur, nous ne te l'aurions pas livré. » 31. Alors Pilate leur dit : « Prenez-le vous-même, et jugez-le selon votre Loi. » Les Juifs lui dirent : « Il ne nous est pas permis de faire mourir personne. » 32. (C'était) afin que fût accomplie la parole de Jésus, qu'il avait dite pour marquer de quelle mort il devait mourir.
Les trois Synoptiques placent le matin une séance du sanhédrin * que Jean a supprimée. Les Juifs, accusateurs de Jésus, c'est-à-dire le grand-prêtre et les principaux membres de la haute assemblée, le conduisent de la maison de Caïphe au palais du g-ouverneur. L'auteur observe que ce fut dès le matin, au lever du jour, soit pour marquer l'empressement des Juifs, soit parce que la coutume des tribunaux romains était de commencer les jugements dès la première heure, soit qu'il emprunte cette donnée aux Synoptiques, afin que le lecteur sache combien a duré le procès devant Pilate Cependant les Juifs n'entrèrent pas dans le prétoire, afin de ne pas se souiller et de pouvoir manger la Pâque ^ ». Ainsi l'agneau pascal devait être mangé le soir de ce même jour ; il ne l'avait donc pas été la veille, comme le disent les Synoptiques, ou bien l'évangéliste aura voulu, pour une raison symbolique, faire coïncider la mort du Christ avec l'immolation de l'agneau.