Marc, xv, 5; Matth., xxvii
LE CHRIST ET PILATE
ne prend pavS la peine de Tindiquer. Ce n'est pas parce que l'on a refusé de porter plainte que le procurateur se met en devoir de questionner Jésus ^ . Dans ce cas, au lieu d'interroger l'accusé, Pilate aurait fait un mauvais parti aux accusateurs. La question qu'il fait résume la déposition de ceux-ci.
Au lieu de répondre simplement : « Tu l'as dit », comme dans les Synoptiques -, et de se taire ensuite, Jésus, comme il a coutume de faire dans cet Evangile, laisse tomber la demande sans y donner de réponse directe, et il interroge lui-même son juge : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d'autres te l'ont-ils dit de moi ? ^ Ainsi le Christ johannique se montre supérieur à ce magistrat romain devant qui sa vocation l'oblige de comparaître. Ce n'est pas pour s'informer qu'il pose une question. En apparence, il parle comme un accusé qui veut s'instruire des faits concernant sa cause. Mais il est bien évident que ce n'est pas un accusé vulgaire; c'est le Juge de son juge, et il va l'instruire souverainement, non pour lui, qui n'en profitera pas, mais pour la postérité qui entendra son Sauveur. La question de Jésus doit aussi amener une réponse qui dégagera la responsabilité de Pilate. On aurait tort d'y supposer d'autres raisons, et surtout de les chercher dans l'histoire. Jésus ne veut pas plus s'informer de la procédure que Pilate n'a voulu se moquer de lui. Observons que la situation n'est pas la même ici que dans les Synoptiques . Jésus n'a pas encore été maltraité; Pilate ne l'aborde pas avec mépris, et il a presque des égards pour lui ; en demandant à Jésus s'il est le roi des Juifs, il ne veut que s'assurer si l'accusé a réellement la prétention qu'on lui attribue. On ne se moque pas du Christ johannique. Il convient à sa grandeur et à sa méthode d'enseignement de ne pas répondre aux questions qu'on lui pose. Rien n'est moins conforme à l'esprit du récit que de voir dans la demande du Sauveur à Pilate l'intention de savoir si l'accusation a un caractère politique ét vient du gouverneur, afin de la nier, ou si elle vient du sanhédrin, afin de l'expliquer Le Christ a-t-il besoin de pareils renseignements? Et depuis quand les accusés interrogent-ils leurs juges sur ce ton?
(( Est-ce que je suis Juif, moi? dit Pilate. Ceux de ta nation et