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LE CHRIST ET PILATE
sance de la vérité^ à la dig-nité d'enfants de Dieu, sont comme naturellement et d'avance inclinés vers F Evangile . Jésus ne fait pas autrement appel à la conscience de Pilate ^ ; il s'adresse, et l'évangéliste parle par sa bouche, à toutes les âmes de bonne volonté. Les vrais sujets du Christ sont les amis de la vérité. On a observé que cette déclaration n'a de sens que pour une oreille grecque - ; peutêtre aurait-on dû ajouter, pour une oreille chrétienne, la vérité qu'on doit reconnaître étant celle qui est enseignée dans notre Evangile.
« Qu'est-ce que la vérité 3? » observe Pilate, qui rompt l'entretien sans attendre la réponse. Il ne faut voir dans ce propos ni dérision ni mépris, mais une réflexion de sceptique, d'indifl^érent, ou mieux encore de politique. Au temps où vivait l'auteur, on rencontrait sans doute plus d'un mag-istrat romain, homme honnête et habile selon le monde, estimant que les diverses théories philosophiques et religieuses ne méritent pas qu'on se fasse tuer pourelles; ces sages étaient fort capables de dire aux chrétiens qu'ils s'exposaient à mourir pour bien peu de chose. L'empereur Hadrien aurait approuvé la réflexion de Pilate. Le discours que le procurateur va tenir au Juifs montre qu'il croit reconnaître en Jésus un homme de spéculation, un enthousiaste inoffensif. S'il ne s'agit, pense-t-il, que de la vérité, comme on ne sait pas trop où elle est, on aurait tort de s'exposer pour elle à de trop fâcheux désagréments, mais ce n'est pas un crime non plus que de la vouloir chercher. En soi, la question de Pilate ne sig-nifie rien que ce qu'elle dit. Elle ne signifie pas directement que le culte de la vérité n'est pas chose punissable ou qui ne regarde pas les juges ^ ; bien moins encore exprimet-elle le désir de s'instruire ^, ou un regret mélancolique ou un sentiment de pitié La pitié n'agrée pas beaucoup plus que le mépris au Christ johannique . Jésus tient à Pilate le langage que les apologistes du second siècle tenaient à l'autorité romaine; et Pilate parle comme les magistrats éclairés et modérés de ce même temps, qui poursuivaient sans conviction les chrétiens en vertu des lois existantes.