‹ Le quatrième évangileChapitre 751 sur 857 · Cf. Luc, XXIII · texte numérisé non relu

Cf. Luc, XXIII

LE CHRIST ET PILATE

remettre en liberté, sans autre forme de procès, comme on s'y attendrait après les explications données par Jésus. Les commentateurs supposent que Pilate , craignant d'irriter le fanatisme des Juifs par un arrêt de non-lieu qui flétrirait les accusateurs, cherche un détour pour arriver à son but et croit trouver l'expédient qu'il désire dans la proposition de grâce qui est signalée j^ar les quatre Evangiles. Cette interprétation des sentiments du procurateur est acceptable au point de vue de l'histoire , et pour les Synoptiques ; mais elle s'adapte assez mal au récit johannique. Pilate n'est pas censé pouvoir prononcer légalement la mise en liberté de l'accusé, parce que celui-ci a voulu assumer le titre de roi des Juifs. Ce n'est, dans la circonstance, qu'un nom, mais un nom que la loi ne peut tolérer. Les chrétiens, de même, pouvaient être les plus innocents des hommes ; du moment qu'ils ne voulaient pas renier leur nom, le magistrat ne pouvait que les condamner. Selon l'esprit du récit, Pilate n'abandonne pas le terrain du droit pour faire une concession aux Juifs i ; il est, au contraire, et il sera jusqu'à la conclusion du procès, l'esclave de la légalité. La grâce qu'il propose lui paraît être le seul moyen juridique de soustraire Jésus à la condamnation qui l'atteindra inévitablement, si on lui applique la loi. Il est censé ne pouvoir le renvoyer que si l'accusation est abandonnée, ou bien si elle est niée et démontrée fausse par l'inculpé, ou bien si, l'accusation demeurant, une grâce, autorisée par la loi, intervient en faveur de ce dernier. Et les deux premières hypothèses étant écartées, Pilate se trouve en face de la troisième. On a pris soin de ne pas lui faire prononcer le nom de Barabbas Pilate propose la grâce de celui qu'il appelle « le roi des Juifs » : les Juifs lui répondent en réclamant celle de Barabbas, et le narrateur n'insiste pas sur ce parallèle odieux. Les Juifs ont pour eux la coutume légale : c'est Barabbas qui est gracié.

Est-ce pour faire injure aux accusateurs que Pilate appelle Jésus « le roi des Juifs ^ »? 11 serait, dans ce cas, bien maladroit, puisqu'il désire sincèrement la grâce qu'il offre. A plusieurs reprises, il reviendra sur ce titre de roi des Juifs, et l'on pourrait croire qu'il le fait dans une intention blessante. Mais il faut rechercher

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