B. Weiss
nique, et leur haine crie. C'est tout ce que l'auteur veut dire ^ Pilate répond : « Prenez-le vous-même et cruciliez-le ; car pour moi, je ne trouve pas de crime en lui. » Etonnés de voir un magistrat romain abandonner ainsi les droits et les devoirs de sa charge, avec le terrain légal, beaucoup d'interprètes - supposent que Pilate ne parle pas sérieusement, et que les Juifs s'en aperçoivent. Les Juifs ne peuvent être exécuteurs d'un supplice qui n'est pas selon la Loi; ils ne veulent pas prendre sur eux de mettre à mort un accusé que le gouverneur se refuse à condamner et déclare innocent. Ce dernier motif explique, en effet, pourquoi les Juifs, au lieu d'accepter la proposition de Pilate, insistent sur la culpabilité de Jésus. Mais le premier motif est combattu par le récit même : les Juifs accepteront de présider au supplice de Jésus, sauf k en laisser l'exécution matérielle aux soldats romains. S'ils n'acceptent pas tout de suite, et s'ils veulent prouver que Jésus a mérité la mort, c'est que l'évangéliste tient à prolonger la résistance et k dégager la responsabilité de Pilate, à ménager entre Jésus et son juge un dernier colloque où se manifestera encore une fois la souveraine indépendance du Christ johannique. Dans sa préoccupation de décharger le gouverneur, afm de montrer en lui le type des magistrats romains qui condamnaient les chrétiens k regret et pour se conformer k la légalité, il a peu d'égard k la vraisemblance historique.
On pourrait, k la rigueur, soutenir que la proposition faite aux Juifs par Pilate est conçue par lui comme impossible, sans être pour cela dérisoire envers les ennemis de Jésus, et qu'elle signifie l'intention de ne prendre aucune part dans l'alFaire. Telle est bien l'impression que le récit voudrait donner aux lecteurs, et c'est pourquoi il ne sera pas parlé de la sentence de condamnation rendue par Pilate. Mais le témoignage de l'histoire est trop affirmatif et trop certain pour qu'il soit possible de dire que Pilate n'a pas condamné Jésus et que tout s'est fait par les Juifs. Un apocryphe tel que l'Evangile de Pierre pouvait aller jusque là ^. L'auteur du quatrième Evangile avait un plus juste sentiment des choses que la tradition chrétienne permettait de dire et que l'opinion chrétienne,
1. GniLL, 50, observe que le rapprochement de : « Voilà Thomme » et : « Crucifie-le », suggère Tidée exprimée dans m, 13-14 : « Il faut que le Fils de l'homme soit exhaussé. »